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Journal de bord

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07
août
2010

Le retour de La Boudeuse Episode 1

19:08 Par .

A bord du trois-mâts La Boudeuse
Mer des Sargasses, Atlantique nord
le 7 août 2010

    Pour un équipage et son capitaine, ramener un grand trois-mât à son port d’attache est depuis toujours l’ultime point culminant de l’histoire qu’ils ont vécu charnellement avec leur navire. Parvenu au port, tout est dit, à commencer par le succès de leur entreprise, puisque, au moins, les voilà tous rentrés sains et sauf chez eux. Revenir avant terme, en revanche, qu’elle qu’en soit la raison, est toujours une frustration. Surtout quand le navire est au mieux de ses possibilités et l’équipage aguerris par des années de mer et d’expéditions sur tous les continents.
    Depuis notre départ de La Martinique le 19 juillet pour regagner la France, La Boudeuse vit dans cette frustration de n’avoir pu continuer sa mission nationale faute des financements attendus et promis par ceux-là même qui lui avaient confié cette mission. Chacun connaît l’histoire maintenant. Voilà bien une aventure inutilement stoppée en pleine ascension après des mois d’expéditions scientifiques réussies en Amazonie française, et alors même que nous allions poursuivre cette aventure en remontant le grand fleuve Orénoque au Vénézuela. Mais ainsi vont les choses dans la modernité d’aujourd’hui…
    En attendant de reconstruire ce qui a été détruit (sauver le navire d’une vente forcée, retrouver des financements, d’autres objectifs sans doute), il faut bien rentrer. Et même une simple traversée de l’Atlantique, du nouveau monde à l’ancien, n’est jamais une partie gagnée d’avance: 4.200 milles à parcourir (8.000 kilomètres environ) par la route des vents favorables qui passe très au nord par les Bermudes et les Acores, ce n’est pas rien. Surtout en équipage réduit car il faut bien diminuer au maximum les coûts de ce retour dans les circonstances qui sont les nôtres: 10 hommes au lieu des 26 quand nous sommes au complet. On ne chôme pas à bord en ce moment entre les manœuvres et les quarts…
    Quoi qu’il en soit, l’île des Bermudes a été atteinte le 28 juillet dans l’après-midi après 1.200 milles difficiles depuis les Antilles, faute d’une météo favorable… Les Bermudes… En vérité, la Suisse tropicale de l’Atlantique nord. Ce minuscule territoire, très policé, dépendant de la couronne Britannique, est un exemple emblématique de l’harmonie qui peut régner entre une place financière opulente basée sur l’assurance et la réassurance et des plages de sable blanc saturées de soleil dans des eaux couleurs de lagon : un condensé de paradis artificiel qui ne sait produire que de l’argent, et cela au milieu de nulle part, en plein océan, par un de ces mystères de la modernité qui a de quoi laisser perplexe. Mais, naturellement, nous n’avons guère eu l’occasion de profiter de ce paradis… Le temps de ravitailler, d’effectuer quelques travaux d’entretien, et le 2 août, nous avons quitté le petit port de Saint Georges au nord de l’île par l’étroite passe qui mène à la mer des Sargasses. Direction désormais l’archipel des Acores à 1.800 milles dans l’est-nord-est. Deux semaines de navigation probablement. Tout dépendra des vents que nous sommes allés chercher très vite dans le nord-est, vers le 40ème parallèle, là où ils peuvent être favorables, venant du secteur ouest. Sinon, en prenant la route directe, il y a fort à parier que le fameux anticyclone des Acores aurait freiné notre route par les calmes plats qu’il produit autour de lui.
    Sans le savoir, nous avons quitté les Bermudes au bon moment. Car depuis deux jours le territoire est en alerte cyclonique… En voyant tomber le message sur l’écran du « standard C » qui nous relie aux prévisions météo par satellite, nous nous sommes tous dit à bord que la chance était vraiment avec nous. Les vents approchent déjà les 100 km/h. Et ce n’est pas finis… Depuis 48 heures, nous surveillons toutes les six heures sur la carte la progression de l’ouragan. Pour l’instant, il devrait frôler les Bermudes par le sud et probablement suivre ensuite une trajectoire parabolique vers le nord-est. Elle enveloppera notre route mais à 300 milles de distance probablement. Nous devrions être à peu près hors de porté. Au pire, nous serons dans la queue du cyclone dans trois ou quatre jours. Rien de trop sérieux.
     En attendant, nous rentrons donc chez nous avec un sentiment d’inachevé. Pour autant,  il ne faudrait pas nous croire triste, malheureux ou abattus à bord de La Boudeuse. Bien au contraire. La victimisation n’est pas notre fort et au sein de l’équipage le moral reste d’acier comme depuis le début de la « crise » le 2 juin, lorsque nous étions encore dans le port de Caracas et qu’il fallait bien annoncer la fin de la mission faute des moyens financiers attendus. Une seule pensée habite nos têtes depuis ce jour : par quel moyen allons-nous sauver le navire et lui donner de nouveaux objectifs, lui procurer de nouveaux défis ? Pour le reste, il y a l’océan autour de nous et la plénitude qu’il procure. Malgré notre situation financière, on ne saurait dire le bonheur et la sérénité qui habite chaque membre de l’équipage dans le spectacle de cet horizon sans fin qui nous entoure, entre le soleil, les étoiles, la mer et le vent qui gonfle nos voiles. Sans plus rien des petites choses du monde quotidien.

   Patrice Franceschi
Capitaine du trois-mâts La Boudeuse

NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/

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La position du navire :

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17/05/2012