Le retour de La Boudeuse Episode 6 | Terre - Océan

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20
Août
2010

Le retour de La Boudeuse Episode 6

11:08 Par admin

A bord du trois-mâts La Boudeuse
Archipel des Açores
Le 20 août 2010

Trois journées complètes d’escale se sont écoulées dans ce morceau de Portugal que sont les Açores au milieu de l’Atlantique. Nous voilà prêt maintenant à entamer la dernière étape du trajet qui doit nous ramener vers la France. 1.400 milles par la route des vents (2.500 kms). Une route qui monte d’abord presque directement dans le nord en latitude. A priori, rien de très compliqué, mais il va falloir gérer correctement le déplacement des dépressions annoncées sur notre route si nous voulons bénéficier de vents favorables. Pas question de prendre ces dépressions sur leur mauvais côté et de se retrouver avec des vents de face. Une fois de plus notre art de la navigation à la voile sera mis à l’épreuve avec sa gestion météo qui ne laisse place à aucune erreur. Tant mieux.
Le branle-bas de départ a été donné à six heures trente du matin, aux premières lueurs du jour. Nous allons virer sur notre ancre, puis envoyer le hunier fixe masqué au vent afin de faire reculer le navire tout en brassant les vergues en contrebarrant pour qu’il pivote sur son axe. Après quoi, les deux focs seront hissés et La Boudeuse se placera bâbord amure, prête à entamer sa route dès que les autres voiles seront envoyées. Tout l’art de la manœuvre traditionnelle pour quitter un mouillage à la voile…
Des Açores, je garderai le souvenir ému de l’un des ports les plus mythiques de l’Atlantique pour les générations de marins et d’aventuriers qui nous ont précédés : Horta, dans l’île de Faial. Une île presque ronde de 15 kms à peine de diamètre avec une montagne au milieu qui culmine à 1000 mètres d’altitude. On imagine les proportions… Pour une montagne dans la mer, c’en est une… Mais, en vérité, cette montagne est une caldeira, c’est à dire le cratère d’un ancien volcan. J’y suis monté : impressionnant, comme l’énorme trou qu’aurait provoquée une météorite géante tombée du ciel. Un précipice de plusieurs centaines de mètres. Vertigineux. Sur ce paysage vert et noir, des cohortes de nuages gris se déchiraient sur les bords dentelés du cratère. Si des diplodocus étaient sortis de cette arène naturelle, je n’en n’aurait pas été autrement surpris…
A Horta, la seule ville sur la côte, 7.000 habitants se serrent entre la mer et la montagne dans un enchevêtrement de ruelles pavées aux trottoirs dessinés d’arabesques noires et blanches délimitant des maisons à la superbe architecture lusitanienne. Des églises partout – naturellement – lourdes et baroques, entrecoupées de places ombragées et de bâtiments publics d’un autre temps entre lesquels se dessinent cafés et commerces ou vaque une population tranquille. Et sur tout cela flotte ce petit air de paix et de sérénité que l’on ne trouve que dans les îles perdues.
Comme il se doit, tout l’équipage est allé boire un verre au « Peter Café », l’endroit qu’aucun marin ne doit rater à Horta. Tout ce qui navigue dans l’Atlantique nord se donne régulièrement rendez-vous dans ce café orné de dents de cachalots gravées, d’une quantité invraisemblable de pavillons de navires, de photos anciennes et de tous les souvenirs de mer que l’on peut imaginer, dans un bric-à-brac bon enfant. Si on le souhaite, on peut même avaler une soupe de baleine dans cette sorte de taverne venue du fond des âges marins…
Sur le port lui-même, autre tradition bien connue ici: celle des « peintures d’équipages ». Des milliers de marins ont peints leurs navires ou leurs emblèmes sur tous les murs du port afin de laisser une empreinte de leur passage. Les quais sont ainsi devenus au fil des décennies de véritables « galeries » d’expositions d’art naïf que l’on peut admirer en flânant entre les bateaux. Comme il n’y a plus de place depuis longtemps, les nouveaux arrivants peignent sur le sol lui-même et l’on marche ainsi sur une suite inconcevable de « tableaux »…
Mais tout cela appartient au passé, désormais. Devant nous, il n’y a plus que l’océan qui, cette fois, nous ramène vers la France.

Patrice Franceschi
Capitaine du trois-mâts La Boudeuse

NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/

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