Le retour de La Boudeuse Episode 5 | La Boudeuse

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16
Août
2010

Le retour de La Boudeuse Episode 5

14:08 Par admin

A bord du trois-mâts La Boudeuse
Dans le sud-ouest de l’île de Faial aux Açores
Le 16 août 2010

Les premières lueurs du jour effacent une à une les constellations du ciel qui ont peuplé notre nuit : Orion, Persée, les Pléiades, Pégase, Cassiopée, s’éteignent doucement, achevant la ronde nocturne des étoiles dont personne ne se lasse à bord de La Boudeuse. Nous scrutons maintenant l’horizon aux jumelles, droit devant nous vers l’est, là où le soleil va se lever. L’île de Faial renvoi déjà son écho sur le radar à une trentaine de milles de distance. Faial : l’une des îles de l’archipel portugais des Açores, celle où nous avons décidé de faire escale sur notre route de retour vers la France. Deux semaines que nous l’attendons. Sans impatience.
« Faial en visuel ! » crie bientôt la vigie postée près du mât de beaupré. Je monte sur le toit de la timonerie. Le cône volcanique de l’île est bien là, posé sur la ligne d’horizon, déjà impressionnant dans le petit matin qui s’éclaire. Faial ne mesure que 20 kms sur 10 mais culmine à plus de 1.000 mètres d’altitude. Une vraie montagne dans la mer. Pas moyen de la manquer… Surtout que juste derrière se dresse aussi le cône de l’île de Pico, deux fois plus élevé…
Franck Lehoux, second capitaine, vient relever mon quart avec les gabiers Serge Lombardi et Thomas Faizant. Je m’installe à l’avant du navire et songe aux quatorze journées qui se sont écoulées depuis notre départ des Bermudes, tout là-bas de l’autre côté de l’Atlantique. 1.800 milles – près de 3.500 kms – viennent encore d’être parcourus par notre trois-mâts, au vent de ses voiles. Déjà plus de 10.000 milles effectués depuis le départ de France, soit près d’un demi-tour du monde. Nous avons fêté l’évènement il y a deux jours, selon les traditions du bord, par une tournée générale de rhum sur le pont central, au pied du grand mât…
Encore quelques heures de navigation et nous entrerons dans le petit port de Horta. Je me dis déjà que cette traversée a été heureuse. Et chanceuse dans cette période de cyclones. Nous sommes passés juste devant ceux qui menaçaient la mer des Caraïbes. Et les humeurs du vent n’ont pas été si menaçantes que cela. Par conséquent et selon la bonne vieille formule : tout va bien à bord.
Je regarde l’île approcher et n’ai guère envie d’arriver. Je resterai bien encore en mer des semaines ou des mois. Beaucoup de gens à terre nous demandent souvent si l’on ne s’ennuie pas à mourir dans ces longues traversées océaniques où, semble-t-il, rien ne se passe et où l’on reste enfermé dans un espace confiné au milieu de nulle part, dans le spectacle toujours identique de la mer. C’est tout l’inverse, naturellement. En mer, sur un navire – et davantage encore sur un grand voilier traditionnel -, le temps s’arrête en réalité. Plus exactement, il semble comme suspendu entre ciel et terre, mis entre parenthèse en quelque sorte. A un point tel que très vite il faut consulter le journal de bord si l’on veut connaître la date du jour où l’on est… Ce temps qui semble ne plus plus exister est en adéquation parfaite avec la vie du bord, rigoureusement réglée, rythmée par les quarts et une multitude d’activités dédiées avant tout à l’existence du navire – puisqu’un équipage fait d’abord corps avec son navire et pense d’abord à lui en toutes circonstances… Les temps de repos sont donc rares; il y a toujours beaucoup à faire entre l’entretien du gréement, les réparations inévitables, les manœuvres de voiles, les exercices de sécurité et les astreintes de la vie quotidienne. Mais surtout, au milieu de l’océan – là où la mer n’est jamais semblable à elle-même pour qui sait voir – on se trouve réellement hors d’atteinte des petites choses du monde des hommes, définitivement immergé dans un univers commandé par les seules lois de la nature. Qui ne rêverait d’un tel lieu ?
Sans doute faut-il aimer la vie monacale pour entrer en harmonie avec ce rythme du temps et ces lois de la nature. Et aimer autant l’action que la contemplation. Mais alors, la sérénité qu’on en retire est irremplaçable.
Alors, pourquoi arriver ?

Patrice Franceschi
Capitaine du trois-mâts La Boudeuse

NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/

 

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