Le retour de La Boudeuse Episode 3 | La Boudeuse

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12
Août
2010

Le retour de La Boudeuse Episode 3

21:08 Par admin

A bord du trois-mâts La Boudeuse
Atlantique nord, 700 milles dans l’ouest des Açores
le 11 août 2010

Cette fois, ça y est… Nous avons butté hier sur la « bulle » du fameux anticyclone des Açores, grand faiseur de calmes plats – comme on disait autrefois de la mer qu’elle était une « faiseuse de veuves » – et de temps trop beau pour un voilier… Contre toute attente par rapport à ses habitudes, cet anticyclone qui fait l’ordinaire des bulletins météo télévisés, est remonté pratiquement jusqu’au 40ème parallèle, à notre hauteur. Il n’en fallait pas plus pour casser notre élan… En moins de 24 heures tous les nuages ont disparu du ciel – transformant la nuit suivante en un tourbillon vertigineux d’étoiles -, le baromètre est remonté en flèche jusqu’à 1015 hp et le vent a viré vers le sud-est tout en mollissant à la grande tristesse de l’équipage. Plus d’autre choix que d’appuyer au moteur pour ne pas rester encalminé des jours entiers…
Nous poursuivons donc notre route sous un ciel saharien qui brûle nos voiles, surchauffe le pont, et nous assomme de chaleur de l’aube au coucher du soleil. Je ne sais si ce changement météorologique en est la cause, mais au même moment, les baleines sont devenues notre spectacle quotidien. A tout instant nous entendons le souffle rauque de leurs remontés en surface, suivis du jet d’eau qu’elles projettent vers le ciel. Alors apparaît leurs dos ronds et sombres, à la fois mystérieux et inquiétant, qui s’en retournent très vite vers les profondeurs. Du haut du mât de hune, à trente mètres au-dessus du pont, là où la rotondité de la terre prend toute sa force visuelle, ces baleines forment un ballet impressionnant par la force tranquille qui en émane. Il n’y a pas si longtemps, les baleines de cette région étaient encore chassées de manière traditionnelles – au harpon et sur des barques à fonds plats – par les hommes peuplant l’archipel des Açores vers lequel nous nous dirigeons sur notre route vers la France. Une chasse périlleuse et mythique dont le Moby Dick de Melville forme l’apogée littéraire. Ces dernières années, les baleines se raréfiaient dangereusement. Alors, les hommes des Açores, qui sont des portugais, des européens, ont appliqués sans trop d’état d’âme identitaire les lois internationales de protection des cétacés. Moyennant quoi, les baleines sont aujourd’hui tout autour de nous, majestueuses et libres.
Mais la mer nous offre d’autres spectacles ces temps-ci. Il y a bien sûr celui, classique, des hordes de dauphins qui viennent régulièrement jouer avec nous et qu’il suffit d’appeler en frappant la coque à coups répétés du plat de la main. Mais il y a désormais celui, étonnant, de tortues solitaires que nous croisons parfois dans des éclaboussures d’écume. Le contraste formé par ces modestes tortues et les immensités sans fins dans lesquelles elles évoluent toutes seules, une par une, pataudes, battant inlassablement de leurs pattes les vagues de l’océan, comme entêtées, venant on ne sait d’où et s’en allant dieu sait où, laisse réellement songeur quant aux intentions de la nature où la raison d’être de tant de vains efforts… Et quand d’aventure, l’une de ces tortues rencontre le chemin d’une baleine – face-à-face prodigieux du nain et du géant – ce sentiment se renforce de l’évidence d’une forme d’injustice de la nature qui a donné à l’une aisance et force, laissant à l’autre les miettes de cette aisance et de cette force…
Nous assistons aussi à la disparition graduelle des amas d’algues flottantes qui parsemaient jusqu’alors notre route et que notre étrave fendait sans peine. De couleur ocre, peu épaisses, composées d’unités pas plus grosse qu’une assiette, s’amalgamant entre elles, ces algues qui semblent naître de nulle part étonnèrent tant les premiers navigateurs qu’ils baptisèrent cette région de l’océan « mer des sargasses »: encore un nom qui renvoie aux légendes des grandes découvertes maritimes et aux flibustiers qui hantaient ces parages au XVIIIe siècle, en embuscade des galions espagnols chargés d’or qui s’en revenaient du nouveau monde.
Devant nous, il n’y a plus de galions mais notre trois-mâts traditionnel, par ses formes élancées, sa coque noire aux lignes de sabords blancs et les treize voiles de son gréement, est une forme de rappel des frégates corsaires qui poursuivaient ici-même les navires espagnols… De ce temps-là, il ne reste rien mais nous pouvons l’imaginer sans trop de peine rien qu’en écoutant la « symphonie de La Boudeuse« , debout sur la dunette, près de la barre à roue : bruit soyeux du vent dans les voiles, couinement des poulies dans la mâture, claquement des cordages contre les mâts et les haubans, grincement de toutes les pièces de bois, chuintement de l’eau filant le long de la coque, et tant d’autres sons encore… Puisque de tout temps les grands voiliers ont chanté sur la mer…

Patrice Franceschi
Capitaine du trois-mâts La Boudeuse

NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/

 

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