13
déc
2009
22:12 Par .
Journal de bord N° 006
( Dakar – Cap Vert )
Par François Lépine,
matelot sans spécialité.
Dakar, le 8 décembre en route pour les îles du Cap Vert.
Ciel plombé, air chaud et visqueux: à bord on respire pour certains; on espère les alizés pour d’autres. La Boudeuse sous phare carré passe au vent de Gorée.
Pour chacun de ceux qui viendront sur l’île les attentes sont différentes bric à brac de souvenirs et de références historiques pour certains; curiosités sans préjugés pour les autres.
Irais-je jusqu’à dire que l’île est devenue un vide grenier de la mémoire; au delà des guinguettes, des bougainvillées orange, des balcons verts et des demeures aux murs rouges passés à la patine des âges, les maisons déroulent leurs murs jaunes italiens à l’écaille fragile.
Les pélerins en quêtes d’histoire, les passants qui ressentent confusément leur culpabilité d’européens esclavagistes se confrontent d’abord aux symboles. La maison des esclaves avec la porte du non retour, l’église, les demeures qui au 18e siècle furent le siège du gouvernement français au Sénégal, et dessinent dans le lointain une Gorée joyeuse pleine de bals, de belles siquares et de fanaux.
Grands et petits, citoyens du monde ou figures de l’humanité, Nelson Mandela, Jean Paul II, Bill Clinton, Danièle Mitterand ont choisi d’exprimer leur repentance et de demander pardon à l’Afrique pour la traite et le commerce triangulaire.
La posture a sans doute plus d’importance que la vérité historique mais personne ne veut ignorer le vent de l’histoire du monde.
L’équipage manœuvre et au nouvel arrivant que je suis échoit de faire partie du quart de nuit: de quatre à huit heures du matin; dans le concert fabuleux des étoiles je goûte au plaisir du silence froissé par la houle; je respire sous la voûte des voiles de l’avant et là où je suis je reste convaincu que « mes nuits sont plus belles que vos jours ».