13
sept
2009
22:09 Par admin
Journal de bord N° 001
Par Amaury Bironneau
Administrateur du bord
A bord du TGV
Paris-Toulouse
Mardi 25 août 2009
Pour beaucoup le train est synonyme d’ennui, de perte de temps, de bruits et de contraintes…
Pour ma part j’aime le train, je m’y sens bien, j’aime cette idée de partir, de rejoindre un objectif, qu’il soit professionnel ou personnel. Le train m’ouvre l’esprit vers un espace d’envie sans limite ; j’aime être entouré de ce reflet exact de la société et des comportements humains nous entourant au jour le jour.
Pour moi, aujourd’hui, ce voyage est synonyme d’une saveur toute particulière car il annonce un autre départ, imminent ; un départ qui n’a pas été simple à mener, un départ sans billet, un départ où l’on connaît l’heure à laquelle on quitte le quai mais jamais celle de l’arrivée.
Ce train qui m’amène à Toulouse et plus spécialement au Centre National d’Etude Spatiale me permet de vous rendre compte de ce nouveau départ mais surtout des deux années qui viennent de le précéder.
Deux années où les seuls mots d’ordres étaient d’avancer, de tenir et de durer.
La Boudeuse ou une histoire sans fin….
C’est après 51 000 mille milles parcouru au cœur des océans et des mers du globe à la rencontre des peuples de l’eau que La Boudeuse est revenue fin 2007 dans le sein de sa patrie.
Après un tour des principaux ports de France, elle devait finalement arrêter son périple pour une période indéterminée à Paris.
Quel merveilleux contraste de se retrouver ici, amarrée sur les quai de Bercy en face de la grande Bibliothèque Nationale. La Boudeuse ne pouvait d’ailleurs pas avoir de meilleur place, elle qui par l’esprit se rapproche tellement de ces centaines d’écrivains qui ont su avec des mots, parler d’aventures, de passions, de philosophie et d’envie.
J’ai aimé vivre à Paris dans ces conditions, rentrant tard la nuit à bord, enjambant la Seine et retrouvant le calme de ma cabine, me réveillant les matins et arpentant pieds nus le pont, contemplant de part et d’autre du fleuve des milliers d’hommes au volant de leurs voitures rejoignant leurs lieux de travail.
Troublant d’ailleurs les premières secondes du premier jour, me demandant où était ma véritable place.
J’ai aimé me réveiller en pleine nuit, sentir le froid d’hiver s’engouffrer dans le bateau, lui qui n’avait connu que ce qui se faisait de plus chaud sur terre.
J’ai aimé égoïstement, vivre presque seul à bord ; La Boudeuse est, plus que tout, devenue ma maison, mon antre et mon repère ; j’en connais chacun de ses bruits, chacune de ses odeurs.
Nous étions là pour qu’elle se repose, les hommes aussi ; surtout les hommes d’ailleurs ; mais il fallait avant tout préparer la suite car, quoi qu’il puisse advenir de La Boudeuse, elle ne pouvait rester à quai.
Sa vocation est d’arpenter le monde, de réaliser de grandes aventures, d’ouvrir une réflexion, et de permettre aux hommes de témoigner.
Alors, à nous de ne pas rompre ce serment si imperceptible, fait avec elle. Car jamais nous ne l’aurions laissée.
La Boudeuse, une histoire d’Hommes…
Jamais, oh non jamais, elle n’a laissé quelqu’un indifférent, et par milliers ils ont pu ne serait-ce qu’un instant en montant à bord, apercevoir son âme et ressentir en elle comme en eux, cet appel si perceptible parfois mais malheureusement si loin, celui de vivre ses rêves.
Combien d’hommes et de femmes venus dîner à bord, dormir une nuit, ou simplement passer un instant, nous ont dit qu’ils se sentaient bien, ailleurs, oubliant leurs contraintes, leurs soucis financiers, retrouvant une poésie de jeunesse et, pourquoi pas, le courage dorénavant d’en écrire d’autres…
Mais voila : loin de cette image idéale, La Boudeuse ce sont aussi des contraintes financières, des toiles d’araignées qui stagnent et une pollution parisienne qui jour après jour a commencé à lui lacérer le visage et l’émasculer d’un voile noir.
Il fallait donc repartir, non pas de zéro, cela aurait était trop facile, mais avec une traine de dettes, d’emprunts qui comme une chape de plomb freinaient la soif de départ.
Mais il est sûr que telle la devise du Capitaine « jamais ne baisse pavillon », nous ferions ce qu’il faut, ou du moins nous ferions tout pour.
Repartir, car avant tout, ce que fait La Boudeuse a du sens ; elle porte de véritables valeurs, celles du dépassement de soi, du non conformisme, du positivisme et de l’esprit d’aventure. La Boudeuse c’est six kilomètres de cordages, plus de deux cents poulies, tout cela fait à la main, La Boudeuse c’est donc un esprit de corps, une équipe qui coude à coude permet de la faire avancer. C’est une école de vie.
La Boudeuse c’est se dire que quoi qu’il arrive, à chaque problème, on trouvera une solution, et qu’aucune certitude n’est bonne à prendre.
Aux jeunes qui sont venus à bord lors de ces cinq dernières années, que ce soit en mer ou à Paris, le mot d’ordre était de leur dire : « bougez-vous, arrêtez de vouloir à dix-huit ans votre PlayStation, votre voiture et votre petit appartement… Si vous avez un rêve, faire des études, voyager, créer une entreprise, faites-le et n’ayez pas peur de tomber ni de prendre des coups car à chaque fois, vous vous relèverez et vous serez encore plus fort. »
Alors en avant, mais attention ! Prendre des risques oui, mais uniquement des risques nécessaires, jamais des risques inutiles, et surtout on réfléchit, on analyse ne serait ce que quelques seconde et après on agit.
La Boudeuse a toute la légitimité de repartir, car elle est le seul dernier trois-mâts au monde à aller partout à la rencontre des peuples, de l’environnement et de leurs nombreuses problématiques.
Au cœur de La Boudeuse, ce sont des hommes et des femmes qui se succèdent venant des grandes institutions scientifiques, des sphères culturelles de la littérature à la philosophie, un melting pot de caractères, de personnalités, de cursus différents, créant ainsi une micro société apte à répondre aux aventures qu’elle rencontre.
Durant ces deux années à Paris, nous avons donc essayé d’imaginer la suite, et être dans la capitale, au cœur du monde politique, financier et médiatique nous a permis de présenter La Boudeuse et ses missions à de très nombreuses personnes.
Nous étions au cœur du système, nous ne recevions que sur invitation car même à Paris La Boudeuse restait libre de ses choix et de ses rencontres.
Nous avons donc connu de très nombreux dîner qui finissaient souvent très tard et comme toujours les personnes en ressortaient emballées, persuadées de la légitimité de notre navire et de ses projets ; toutes ces personnes étaient pour la plupart prêtes à renier père et mère pour faire vivre la suite.
Mais le plus souvent, malheureusement, nous prenions conscience des limites humaines, et la plupart des discours et promesses se perdaient une fois le seuil du navire passé.
Je noircis sans doute un peu trop le tableau car il y eut, et ce sont eux qui compte, beaucoup d’hommes et de femmes qui tinrent aussi leurs engagements, beaucoup d’hommes et de femmes fidèles parmi les fidèles permettant aujourd’hui à La Boudeuse de repartir.
Je ne vous ennuierais pas avec les milliers de rebondissements qu’il y eut au cours de ces deux années car au final ce qui compte c’est que nous avons réussi.
La Boudeuse a quitté Paris depuis trois mois, elle a été mise à nue puis parée ensuite de ses plus beaux attributs, renforcée de part et d’autre, prête à affronter pour les années à venir n’importe quelle mission autour du monde.
Oui, le départ de La Boudeuse est imminent et c’est avec une auréole nationale qu’elle repart ; car aujourd’hui La Boudeuse, forte d’une lettre de mission du gouvernement – telle celle reçue par Louis Antoine de Bougainville des mains de Louis XV – représente la France sur des problématiques telles que le développement durable, la biodiversité ou le dialogue des cultures.
Cette nouvelle mission d’ordre national, sera accompagnée d’une présence importante sur l’ensemble des supports médiatiques et jusque dans le métro, ou encore dans de nombreuses salles d’exposition. Ce sont des millions de personnes qui vont pouvoir suivre cette mission au quotidien, et la vivre pour certains de l’intérieur.
Une page se tourne pour La Boudeuse mais le livre de son histoire à venir ne fait que commencer…..