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	<title>Terre - Océan &#187; Journal de bord</title>
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	<description>Une mission du Grenelle de la Mer autour du monde</description>
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		<title>LE DERNIER MOT DU CAPITAINE</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jun 2010 04:36:05 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[LE DERNIER MOT DU CAPITAINE :  A nos ami(e)s,     

	Vous avez pu lire dans l'actualité de ce site le communiqué de presse annonçant la fin de la mission TERRE-OCEAN et la vente de <em>La Boudeuse</em> devenue inéluctable sous la pression de l'endettement et des créanciers. Vous avez droit à quelques explications complémentaires. Les voici: [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>	A nos ami(e)s,</p>
<p>	Vous avez pu lire dans l&#8217;actualité de ce site le communiqué de presse annonçant la fin de la mission TERRE-OCEAN et la vente de <em>La Boudeuse</em> devenue inéluctable sous la pression de l&#8217;endettement et des créanciers. Vous avez droit à quelques explications complémentaires. Les voici:<br />
	Malgré la participation des entreprises et institutions dont la liste est présente sur ce site internet, il n&#8217;a jamais été possible de réunir la totalité du budget de l&#8217;opération, pourtant réduit à son strict minimum: 1M€ par an une fois payés les frais de la préparation du navire et de l&#8217;expédition elle-même. En conséquence de quoi, au moment de l&#8217;arrivée de <em>La Boudeuse</em> en Amérique du Sud fin décembre 2009, les moyens financiers disponibles étaient déjà épuisés.<br />
	A ce moment-là, entre abandonner la mission faute de moyens ou prendre le risque d&#8217;un endettement pour la continuer, nous avons opté pour ce dernier choix, espérant que cet ultra-volontarisme doublé de la réussite de la mission sur le terrain forcerait le destin et permettrait de trouver les fonds nécessaires. Après cinq mois d&#8217;endettement et en dépit du succès des expéditions en Amazonie française, force est de constater qu&#8217;il n&#8217;en a rien été malgré des efforts déployés tous azimuts. Sans doute l&#8217;époque n&#8217;est-elle plus à ce type d&#8217;engagement et au rêve désintéressé. La « crise » est aussi passée par là avec ses « restrictions budgétaires » et n&#8217;a, certes pas, contribué à dynamiser les esprits.<br />
	Quoi qu&#8217;il en soit, l&#8217;endettement immédiatement exigible avoisine les 400.000 euros et ne permet plus aucune marge de manoeuvre même si nous voulions prendre encore davantage de risques. Vous l&#8217;aurez compris, les mathématiques comptables, inexorables et implacables dans leur roide froideur, ont fini par nous rattraper et nous imposer leur joug. Mettre fin à la mission et vendre le navire n&#8217;est donc pas, d&#8217;une certaine manière, un choix mais une conséquence.<br />
	Je laisse à chacun d&#8217;entre vous le soin d&#8217;interpréter ce qui a été, ce qui est, et ce qui aurait dû être. Comme d&#8217;interpréter ce qui aurait pu être en d&#8217;autres temps ou d&#8217;autres lieux, avec d&#8217;autres hommes.<br />
	Puisque tout est dit désormais, je tiens à rendre un dernier hommage public aux hommes et femmes de mon équipage. Ils ont été plus d&#8217;une cinquantaine à n&#8217;avoir jamais démérité, bien au contraire. Malgré les vicissitudes et l&#8217;âpreté de notre combat, l&#8217;infortune et l&#8217;adversité inhérentes à toute aventure véritable, ils ont été à la hauteur de leur mission, et même au dessus, depuis les tempêtes du golfe de Gascogne jusqu&#8217;à la boue des marais d&#8217;Amazonie, forgeant encore davantage leur caractère dans les épreuves surmontées ensemble. Qu&#8217;ils en soient remerciés ici, et assurés en même temps qu&#8217;il y a toujours une part de victoire dans la défaite quand celle-ci n&#8217;a rien à voir avec la compétence ou la volonté, encore moins avec le courage ou le désintéressement. Si la providence le veut, nous nous retrouverons un jour pour d&#8217;autres engagements, d&#8217;autres aventures.<br />
	Je tiens également à exprimer mes remerciements les plus sincères à la <strong>M</strong>arine <strong>N</strong>ationale dont le soutien ne s&#8217;est jamais démenti et à la poignée d&#8217;hommes et de femmes qui ont accompagné l&#8217;existence de <em>La Boudeuse</em> jusqu&#8217;au bout. Ils avaient la tête épique et romanesque et se reconnaîtront sans peine.<br />
	Ma première préoccupation désormais va être d&#8217;une redoutable simplicité: tenter autant que faire se peut de trouver un acheteur qui conservera à <em>La Boudeuse</em> son pavillon français pour que ne se délite pas davantage encore le patrimoine maritime national déjà l&#8217;un des plus ténus d&#8217;Europe. <em>La Boudeuse</em> était l&#8217;un des très rares trois-mâts français encore existant et le seul au monde à naviguer sur toutes les mers du globe pour perpétuer l&#8217;esprit des grandes expéditions maritimes du « Siècle des Lumières ». Il exprimait aussi, disons-le, une forme de liberté. Nous aimerions qu&#8217;il conserve au moins une part de cette grandeur qui déserte nos sociétés. Sans doute s&#8217;agit-il d&#8217;un combat d&#8217;arrière-garde compte tenu de l&#8217;esprit du temps et de ce qui vient de se passer, mais ce combat sera mené.<br />
	Après quoi, tout continuera. Car, naturellement, et malgré le paradoxe, rien n&#8217;est terminé. J&#8217;entends par là que la perte de <em>La Boudeuse</em>, aussi triste soit-elle pour nous et tous ceux qui aiment la mer, ne marque pas une fin mais le début d&#8217;autre chose. Nous le lui devons bien.<br />
Alors, même si cet « autre chose » n&#8217;existe pas encore, il ne reste plus qu&#8217;à affirmer comme dans les romans populaires d&#8217;autrefois: « En avant pour de nouvelles aventures&#8230; »</p>
<p>					   <em>Patrice Franceschi,<br />
				Capitaine de La Boudeuse, 1er juin 2010</em></p>
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		<title>Journal de bord N° 016</title>
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		<pubDate>Tue, 25 May 2010 23:53:11 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Journal de bord N° 16 
par Nathalie Franceschi, 
Scientifique.
 Extrait : [...] je me sens envahie par la chair de poule qui remonte de mes chevilles jusqu’à mon cuir chevelu. Loin, très loin semble-t-il, le plus incroyable son de la nuit enfle et se propage. Indescriptible, il reste pour moi le symbole même de ces nuits passées en jungle. Je reste longtemps ainsi, immobile et les yeux grands ouverts, tendue vers ce cri. Cette nuit, j’ai entendu les singes hurleurs…[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Journal de bord N° 16<br />
par Nathalie Franceschi<br />
Scientifique<br />
Retour en Guyane, mars 2010</p>
<p>Instantanés guyanais</p>
<p>Relativité</p>
<p>La pirogue file sur l’eau aussi lisse qu’un miroir et qu’elle est seule à troubler. Il fait nuit. Sans le bruit du moteur, ce moment serait parfait. Les berges sombres défilent de chaque côté et le ciel, immobile au-dessus de nos têtes, semble être là pour nous rappeler la relativité de toute chose. Je m’allonge, le nez au ciel et les yeux dans les étoiles. Si je mets mes mains autour de mes yeux, comme des jumelles, j’occulte tout ce qui n’est pas le ciel, je suis seule et alors tout devient immobile. L’eau est si calme que la pirogue ne bouge presque pas, et il suffit de très peu de concentration pour m’imaginer étendue sur une plage, une terrasse ou n’importe où ailleurs sur la terre ferme.<br />
C’est très étrange cette sensation d’être immobile alors qu’on avance à plusieurs dizaines de kilomètres à l’heure… Mais là-haut les étoiles et la lune sont impassibles, aussi fixes à mes yeux qu’elles sont mobiles dans l’univers&#8230;</p>
<p>Sonorités nocturnes</p>
<p>La nuit est sombre. A travers la moustiquaire de mon hamac, je ne distingue même pas la bâche qui me protège de la pluie tombant paresseusement à travers les arbres. Les yeux fermés, j’emplis mes oreilles de tous les sons de cette nuit en forêt. Quelque part derrière moi des crapauds conversent bruyamment, faisant concurrence aux ronflements qui me parviennent du hamac voisin. Les feuilles murmurent sous la caresse du vent, tandis que la petite pluie, soudain, se transforme en trombes d’eau vrombissantes. Le bruit en est presque assourdissant et je savoure ce moment, bien au sec sous le grain tropical. Le calme revient presque aussi soudainement qu’il a cessé, et les crapauds reprennent leurs droits. Et tout à coup, le son que j’espérais… Il commence comme un souffle de vent lointain, puissant. Je reste aux aguets, attendant la suite. Seule au milieu de la jungle vivante, au milieu de mes camarades endormis, je me sens envahie par la chair de poule qui remonte de mes chevilles jusqu’à mon cuir chevelu. Loin, très loin semble-t-il, le plus incroyable son de la nuit enfle et se propage. Indescriptible, il reste pour moi le symbole même de ces nuits passées en jungle. Je reste longtemps ainsi, immobile et les yeux grands ouverts, tendue vers ce cri. Cette nuit, j’ai entendu les singes hurleurs…</p>
<p>Silence </p>
<p>Nous rentrons de mission. Plusieurs jours à partager la vie d’orpailleurs illégaux. Ce retour de nuit, forcé d’ailleurs car il nous a fallu attendre la marée, est l’un des moments les plus magiques qu’il m’ait été donné de vivre ici.<br />
Avant d’arriver sur le fleuve que nous remontons à présent, il a fallu sortir de la crique qui menait à la piste conduisant au camp illégal. Dès que la marée montante eut apporté suffisamment d’eau pour permettre à notre pirogue bien chargée &#8211; dix hommes et femmes et leur matériel &#8211; de repartir, nous avons tenté notre chance dans la nuit noire. Impossible de mettre le moteur en route, nous avançons donc à la pagaie. Et magique est le seul mot qui me vient à l’esprit. Dans le silence de la forêt endormie nous glissons sur l’eau, sans heurts et sans bruit. Jamais l’homme n’a autant fait partie de la nature que de cette façon là, avançant à la force des bras au milieu de cette jungle qui lui laisse à peine la place de passer et de se faufiler entre les troncs. Les gigantesques contreforts des troncs de la forêt inondée surgissent brusquement de l’obscurité, fantomatiques, majestueux, et se succèdent sans fin. Dans le noir, les sens s’aiguisent, les yeux fouillent l’obscurité à la recherche d’yeux brillants, le moindre son est entendu et décrypté. Pas de caïman, dommage… Des odeurs nous assaillent, odeurs de forêt, de mangrove et de chair en décomposition. Pas de doute, des cadavres flottent sous cette eau noire…<br />
Je tente de graver ce moment dans ma mémoire, dans mon corps même. Ne pas oublier. Ne pas oublier ces moments précieux, uniques et que nous avons la chance de pouvoir vivre ainsi. Saisir le plaisir au vol, savoir profiter de ces choses aussi simples que le vent sur son visage, la chaleur du soleil sur son dos ou la solitude silencieuse d’une nuit au large…</p>
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		<title>Journal de bord N° 015</title>
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		<pubDate>Tue, 11 May 2010 20:29:08 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Journal de bord N° 15
par le quartier-maître chef Marc Bernadas,
Gabier.
Extrait : [...]
Le ciel est menaçant, des éclairs sont sur l’arrière bâbord et des grains tout autour du bateau. Donc redoubler de vigilance. Au bout d’un moment Hervé Riou me contacte à la VHF, me disant de préparer les bouts pour affaler les voiles hautes. Quand je lui annonce que tout est paré, il me rejoint sur le pont. A deux nous avons le temps d’affaler deux ou trois voiles. Mais le vent violent et la pluie battante obligent à un branle bas général pour manœuvre d’urgence. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Journal de bord N° 15<br />
par le quartier-maître chef Marc Bernadas,<br />
Gabier.<br />
Au large du Guyana, le 9 mai 2010</p>
<p>	Bonjour, je suis gabier à bord de <em>La Boudeuse</em> et aujourd’hui c’est à moi d’écrire le journal de bord.<br />
	Le samedi 8 mai 2010 nous avons appareillé de Paramaribo la capitale du Suriname pour le Venezuela. Avant le départ, briefing du Capitaine pour nous avertir que la « feuille de service à la mer » a changé. Je me retrouve de quart avec le second capitaine Hervé Riou et le médecin du bord Richard  Renfro, pour le 20h-24h. Comme prévu, nous prenons le quart quinze minute à l’avance. Pour commencer je suis de vigie. Le ciel est menaçant, des éclairs sont sur l’arrière bâbord et des grains tout autour du bateau. Donc redoubler de vigilance. Au bout d’un moment Hervé Riou me contacte à la VHF, me disant de préparer les bouts pour affaler les voiles hautes. Quand je lui annonce que tout est paré, il me rejoint sur le pont. A deux nous avons le temps d’affaler deux ou trois voiles. Mais le vent violent et la pluie battante obligent à un branle bas général pour manœuvre d’urgence. En un temps record malgré la nuit, tout l&#8217;équipage est sur le pont. En l’espace de cinq minutes la solidarité est telle que les voiles à réduire sont affalées en peu de temps malgré le vent qui nous donne des difficultés. Après cette manœuvre où nous sommes tous trempés jusqu’aux os, je me mets à rigoler avec quelques camarades et on se dit : « mais qu’est ce qu’ont s’est pris dans la gueule ». A la fin de mon quart à minuit  je suis content de me mettre au chaud dans ma cabine.<br />
	Le lendemain matin à mon réveil, le ciel est couvert mais sans plus; la mer a une couleur bleue foncée. A huit heure quand je reprends mon quart il pleut à nouveau. Pendant quatre heures une  pluie sans fin traverse nos vestes de quart qui ne sont plus étanches, mais bon c’est comme ça; après le quart un bon repas chaud et c’est reparti. Le quart du soir est tranquille: du vent, une mer belle et surtout pas de pluie. Le matin du troisième jour je me lève à sept heures, pour prendre mon quart à huit heures. Je me mets sur le pont pour boire mon café et fumer ma cigarette. A ma grande surprise le soleil brille, le ciel est parsemé de nuage et la mer d’un bleu magnifique. Après mon quart et le repas de midi je m’assois sur un coffre et je laisse mes pensées voguer au rythme de l’eau. Je pense aux gens que je vais rencontrer, aux expéditions futures, puis à diverses choses sur le bateau. Pour conclure ces quelques lignes, la mer c’est la liberté, on ne pense pas aux soucis du quotidien, on pense aux soucis du bateau et de son bon fonctionnement, voila.</p>
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		<title>Journal de bord N° 014</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Apr 2010 06:58:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Journal de bord N° 014,

Cyril Millet,

intendant-cuisinier. Extrait [...]  Impossible de s'approcher à moins d'un mile de la mangrove, même en zodiac; nous nous envasons à plusieurs reprises. La plupart du temps, Gérald Musereau parvient à nous en sortir avec quelques manipulations du moteur et les jurons adéquats; mais cette fois, nous avons été trop impatients et il nous faut sauter dans la vase à pieds joints pour pousser notre embarcation. Curieuse sensation que d'avancer pieds nus dans cette accueillante tiédeur sans connaître la vivace garniture de cette soupe aux lentilles (potage Esaü pour les gourmets). [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Journal de bord N° 014,</p>
<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } -->Cyril Millet,</p>
<p>intendant-cuisinier</p>
<p>Kourou, le 27 avril 2010.</p>
<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } -->Suite à une luxation d&#8217;épaule au Cap Vert et une traversée de l&#8217;Atlantique le bras en écharpe, j&#8217;ai dû rejoindre la France pour une période de trois mois de convalescence. Me voici de retour sur <em>La Boudeuse </em>en Guyane, bien décidé à n&#8217;en plus rien manquer!</p>
<p>Dès mon arrivée à bord, me voilà parti avec Amaury Bironneau, l&#8217;administrateur du bord, et Marc Bernadas, l&#8217;un de nos gabiers, en mission de contact avec des orpailleurs clandestins à environ deux heures de Kourou. Ce contact suit toute une série de missions chez les chercheurs d&#8217;or clandestins effectuées en mon absence par le reste de l&#8217;équipage.</p>
<p>Au moment et au point précis du rendez-vous avec ces nouveaux orpailleurs, nous ne trouvons qu&#8217;un camion de gendarmes, armés de fusils à pompe et de pistolets, menant une campagne contre ces clandestins dans le cadre du plan HARPIE. Certes, la lutte contre les orpailleurs illégaux est indispensable, mais elle n&#8217;arrange pas nos affaires, remises à plus tard. Nous rebroussons chemin sans omettre de passer voir la mine d&#8217;or Boulanger, légale celle-ci, et la plus ancienne concession Guyanaise.</p>
<p>Le spectacle est saisissant: un chantier apocalyptique, fait de monticules de terre orange vif, ponctués de bassins de décantation verts pomme, d&#8217;où s&#8217;écoule une eau redevenue claire qui rejoint une rivière préalablement détournée à cet effet. La concession trône au milieu d&#8217;une végétation luxuriante dont la frontière ne saurait être plus nette; en effet, sur quelque mètres, le paysage passe du vertical à l&#8217;horizontal et du vert à l&#8217;orange. Il semblerait qu&#8217;une gigantesque bombe à explosée au beau milieu de la forêt et que ce faisant, elle a effacée toute trace de végétation en son épicentre. Seule vie sur cette terre désolée, des bulldozers et des ouvriers pataugent péniblement dans la vase argileuse, sous un soleil sans ombre et une moiteur étouffante, à la recherche du précieux métal. On ne saurait mieux illustrer <span style="font-family: Times New Roman,serif;">&laquo;&nbsp;</span>la fièvre de l&#8217;or<span style="font-family: Times New Roman,serif;">&laquo;&nbsp;.</span> J&#8217;éviterais à l&#8217;avenir de qualifier la cuisine de dur labeur!</p>
<p>Quelques jours plus tard, à la nuit tombée, <em>La Boudeuse </em>et son équipage appareillent de Kourou pour une courte navigation nocturne à destination de la Pointe Behague, du côté du Brésil. Accompagnés d&#8217;une demi-douzaine de naturalistes de la DIREN (Direction Régionale de l&#8217;Environnement), nous devons y explorer une mangrove largement inconnue. Nous jetons l&#8217;ancre à trois miles des terres, car il y a très peu de fond sur ces côtes. <em>La Boudeuse </em>se retrouvera posée sur la vase malgré cette respectable distance; mais peu importe, la prochaine marée haute l&#8217;en sortira. Je serais pour ma part de la mission de reconnaissance, à bord de l&#8217;annexe <em>Commerson</em>, avec Sébastien Lemoine, premier lieutenant, Gérald Musereau, lieutenant mécanicien, et Katell Strasser, l&#8217;une des jeunes lauréates du concours jeunesse organisé avec la BNP Paribas. Notre mission: trouver l&#8217;embouchure de la <span style="font-family: Times New Roman,serif;">&laquo;&nbsp;</span>Crique Vieille<span style="font-family: Times New Roman,serif;">&laquo;&nbsp;</span> par où pénétrer la pointe Béhague, aidé d&#8217;une carte terrestre plus qu&#8217;approximative, puisque confondant la vase à fleur d&#8217;eau avec la mangrove et la forêt.</p>
<p>L&#8217;expédition qui suivra notre reconnaissance ne pourra entrer dans la mangrove qu&#8217;à marée haute. En attendant, nos camarades préparent leur matériel et nous partons en reconnaissance.</p>
<p>Impossible de s&#8217;approcher à moins d&#8217;un mile de la mangrove, même en zodiac; nous nous envasons à plusieurs reprises. La plupart du temps, Gérald parvient à nous en sortir avec quelques manipulations du moteur et les jurons adéquats; mais cette fois, nous avons été trop impatients et il nous faut sauter dans la vase à pieds joints pour pousser notre embarcation. Curieuse sensation que d&#8217;avancer pieds nus dans cette accueillante tiédeur sans connaître la vivace garniture de cette soupe aux lentilles (potage Esaü pour les gourmets).</p>
<p>A distance, bien malin qui saurait voir une aspérité dans cette immensité de vase et de palétuviers; hors, malins, nous ne le sommes pas. Vu nos résultats, on pourrait même nous prêter le quotient intellectuel d&#8217;une méduse échouée&#8230; C&#8217;est probablement ce que spécula un pêcheur brésilien rencontré par hasard (encore un illégal pillant les ressources de la Guyane) en nous indiquant l&#8217;embouchure de la <span style="font-family: Times New Roman,serif;">&laquo;&nbsp;</span>Crique Vieille<span style="font-family: Times New Roman,serif;">&laquo;&nbsp;</span>. Dotés de cette nouvelle information et d&#8217;une marée un peu moins basse, nous trouvons rapidement notre destination.</p>
<p>Le bras de mer caché par un îlot au centre de l&#8217;embouchure, mesure dans les cinquante mètres de large et se resserre à mesure que nous avançons, jusqu&#8217;à ne pas mesurer beaucoup plus que notre zodiac; mais les quelques kilomètres qui nous séparent de cette échéance seront riches d&#8217;observations et de sensations. Nous avançons sans peine sur ces eaux plates, bordées d&#8217;immenses palétuviers. Des aigrettes blanches, des busards mangeurs de crabe et des ibis rouges s&#8217;envolent à notre passage. À mesure que la rivière se resserre, la végétation se referme sur nous et nous offre enfin un peu d&#8217;ombre! Mais au cœur de la mangrove vivent les plus vicieuses créatures de l&#8217;évolution: moustiques, yinyins, taons, mouches plates, guêpes et araignées revendiquent une terre qui fut toujours la leur. Lorsque nous nous arrêtons pour relever un point GPS ou prendre une photo de reconnaissance, la quantité et la fréquence des attaques s&#8217;intensifie. Bien entendu, nous sommes enduits de lotion anti-moustique, dont l&#8217;étiquette tapageuse nous promet huit heures de quiétude&#8230;mensonge! Huit secondes peut-être.</p>
<p>Si les insectes suceurs/piqueurs ne sont nullement intimidés par notre présence, il en va autrement de bien d&#8217;autres créatures, que leur fuite nous permet de repérer: grenouilles et crapauds, « poissons gros yeux », crabes de mangrove et un lourd plouf dont je pense pouvoir attribuer l&#8217;origine à un caïman. Il est malheureusement temps de faire demi-tour, le corps expéditionnaire attend nos informations autant que notre embarcation; de plus, nous ne pourrons guère aller plus loin, le zodiac brosse maintenant fréquemment les jeunes pousses de palétuviers bordant les berges vaseuses.</p>
<p>Je laisse à d&#8217;autres le soin de vous conter l&#8217;expédition elle-même dans les mangroves. Je puis simplement vous dire qu&#8217;ils et elles mangèrent debout dans la vase, dormirent dans des hamacs nantis d&#8217;illusoires moustiquaires, subirent d&#8217;invraisemblables quantités de piqures, dénichèrent de nombreuses espèces de plantes, batraciens et reptiles, pataugèrent dans le potage Esaü, mais apprécièrent grandement cette nature aussi vierge qu&#8217;hostile.</p>
<p>Il est déjà temps de lever l&#8217;ancre. Encore quelques heures de navigation et nous mouillerons sur le fleuve Oyapock, proche du village de Ouanary. Certains irons à la recherche de chauve-souris, d&#8217;autres d&#8217;oiseaux ou de plantes; quand à moi, je pars dans la forêt avec Michel Blanc, naturaliste pluridisciplinaire, en quête de batraciens et de serpents. Nous partons en début d&#8217;après-midi, pour faire la marche de retour la nuit, car nous cherchons des espèces diurnes autant que nocturnes.</p>
<p>Nous commençons par traverser le village de Ouanary, où Michel me fait goutter à chacun des fruits croisés: goyave, mangue, ouarara, pois sucrés, cacao. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;errer dans une confiserie! Je trouve un fruit à l&#8217;allure particulièrement étrange et soulève la feuille qui le cache afin que Michel puisse me confirmer sa comestibilité. Avec un mouvement de recul à peine perceptible, il m&#8217;apprend que c&#8217;est en faite un nid de guêpes!</p>
<p>Nous marchons à environ 1 km/h, afin de ne rien manquer, le but n&#8217;étant pas d&#8217;aller loin mais de trouver des animaux. Michel s&#8217;arrête toutes les dix minutes pour ramasser et photographier de minuscules grenouilles parfaitement camouflées qui me sont totalement invisibles; comment les repère t-il? Par leur sauts à notre approche, je perçois sporadiquement quelques uns de ces sauts et alerte Michel qui trouve invariablement des grillons.</p>
<p>Au cours de ces dix heures de marche, nous n&#8217;observerons aucun serpent, mais un pécari à collier, sorte de petit cochon sauvage, boulottant tranquillement un fruit trop mûr en nous regardant. Nous verrons également quantité de mygales, toutes de la taille de ma main, des fourmis longues comme mes phalanges,  des araignées faucheuses de l&#8217;envergure d&#8217;une assiette (et pas d&#8217;une assiette à dessert!) que les guyanais surnomment &nbsp;&raquo; l&#8217;araignée 24 heures&nbsp;&raquo;, le temps nécessaire pour qu&#8217;un homme succombe à sa morsure. Michel m&#8217;apprend qu&#8217;elle est en fait parfaitement inoffensive et la pose sur sa main pour le prouver.</p>
<p>18h30, le soleil se couche; il est temps de rebrousser chemin pour rejoindre le carbet de Ouanary, structure ouverte sur  les cotés, faite de piliers sous un toit permettant d&#8217;y tendre des hamacs.</p>
<p>Ce retour de nuit s&#8217;effectue à la lampe frontale, ce qui nous permets de suivre le sentier dans la jungle tout en réfléchissant sa lumière sur les yeux de nombreuses bestioles. Une fois la nuit noire bien installé, je me retrouve encerclé de paires d&#8217;yeux immobiles, essentiellement des araignées, reconnaissables à la clarté bleuâtre et scintillante de leur multiples yeux, tandis que ceux des grenouilles, plus gros,  diffusent un orange plus terne, à ras du sol. Nous trouverons également un colibri, mi-endormi, lové dans un cocon sous une feuille, qui ne daignera pas bouger malgré l&#8217;intrusion de mon appareil photo et de son flash.</p>
<p>En chemin, nous croisons une autre équipe de <em>La Boudeuse</em>, camoufflée dans une grotte, occupée à la capture de chauve-souris, dont une espèce déterminante d&#8217;environ 50 cm d&#8217;envergure. Drôle d&#8217;animal en vérité que ce mammifère volant; ils sont de toutes tailles, vivent sous toutes les latitudes, peuvent êtres insectivores, frugivores, carnivores; certaines plus rares, les vampires, sucent le sang de leur victimes, essentiellement le bétail. Un biologiste m&#8217;a expliqué que le virus Ebola en Afrique aurait les chauve-souris comme source, et non des singes comme on le croyait. Cette maladie atroce fait littéralement fondre ses victimes en 48 heures, leur sang s&#8217;écoulant par tous les orifices et les pores de la peau, charmant!</p>
<p>Tiens, voilà plusieurs paragraphes que je ne vous ai pas parlé de moustiques. Pourtant eux ne m&#8217;ont pas oubliés! Ces enfants de s&#8230;  n&#8217;ont eus de cesse de nous harceler le matin, la journée, le soir, la nuit et les quelques secondes que je pourrais omettre ici. J&#8217;en apprécie d&#8217;autant plus les chauves-souris qui sont leur plus fervents prédateurs. Ayez pitié des pauvres explorateurs, sauvez les chauves-souris! Livingston souffrait de terrible crises de malaria, transmise par une espèce de moustique dont j&#8217;ai oublié le nom; il avait trouvé comme seul remède l&#8217;alcool de pommes de terre à 98°, distillé évidement sur place. Tord-boyau qui faisait baisser la fièvre autant qu&#8217;il rendait aveugle. Pas étonnant qu&#8217;il se soit perdu dans la jungle! Loin de moi l&#8217;idée de dénigrer le travail de cet immense explorateur; au contraire, j&#8217;estime que chercher la source du Nil pour un &laquo;&nbsp;fiévreux-alcoolique-non voyant&nbsp;&raquo; relève d&#8217;une témérité sans égale.</p>
<p>Voilà pour nos récentes aventures. Nous rejoindrons très bientôt le Venezuela, en commençant par l&#8217;île de Margharita pour régler la paperasserie habituelle d&#8217;entrée dans un pays; puis nous redescendrons vers l&#8217;embouchure de l&#8217;Orenoque, fleuve mythique dont j&#8217;espère bien vous conter la remontée.</p>
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		<title>Journal de bord N° 013</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Mar 2010 15:30:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Journal de bord N° 013,

par Sophie Mousset,

écrivain du bord.    
(à bord de L’Audacieuse, patrouilleur de la Marine nationale)     
Extrait [...] Je mets quelques minutes à m’adapter à l’obscurité de la passerelle : nous naviguons tous feux éteints pour pouvoir surprendre des pêcheurs étrangers en activité, on ne distingue que les lueurs des appareils de navigation. Deux tapouilles ont été repérées, au radar d’abord, puis visuellement. Leur vitesse, autour de deux nœuds (un peu moins de quatre kilomètres à l’heure), indique qu’elles sont bien en train de pêcher. L’équipe d’intervention se prépare rapidement et embarque sur le Zodiac. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } -->Journal de bord N° 013,</p>
<p>par Sophie Mousset,</p>
<p>écrivain du bord.</p>
<p>Kourou, le 28 mars 2010,<em></em></p>
<p>Jean-Marc Leforestier, second capitaine de <em>La Boudeuse</em>, Fernando Guillot, lieutenant technicien, Hervé Jonquais, gabier, Mélanie Théodore, lauréate du concours BNPParibas jeunesse, et moi, écrivain du bord, venons de passer cinq jours à bord de <em>L’Audacieuse</em>, patrouilleur de la Marine nationale. Compte tenu de la mission générale de <em>La Boudeuse, </em>nous participions à l&#8217;opération de surveillance des eaux territoriales de ce patrouilleur chargé de protéger la zone de départ de la fusée Ariane, prévu le 25 mars &#8211; mais reporté plusieurs fois &#8211; et de confisquer les bateaux de pêches étrangers qui mettent en péril l’écosystème que l’État essaie de protéger au large de la Guyane.</p>
<p>Parmi nous, seul Hervé Jonquais, quartier maître chef dans la Royale, était un habitué des « bateaux gris », même si plusieurs d’entre nous en avions déjà visités quelques-uns. Nous nous sommes rapidement familiarisés avec quelques abréviations (O2 et O3 : les officiers juste après le « pacha », ou commandant, OM : officier marinier, « pospass » : poste passager pour l’équipe d’intervention en visite, Zérac : quart de minuit à quatre, navres, navigation en eaux resserrées, etc.). Deux bannettes furent isolées pour Mélanie et moi et le quartier maître Sainte-Rose nous confectionna une charmante pancarte avec la mention : « ne pas entrer » sous un dessin de femme stylisée, à accrocher à la porte de la salle de bains pour que nous puissions nous doucher en toute tranquillité.</p>
<p>Sur les cinq jours, nous nous répartirons à tour de rôle pour les repas dans les trois carrés: cafétéria, carré OM, carré officiers, ainsi que dans les différents quarts à la passerelle. Mélanie et moi avons le « Zérac » ce soir, mais je demande que l’on me réveille en cas d’intervention, avant ou après mon quart. Á dix heures, une main vient me secouer : « intervention ! ».</p>
<p>Je mets quelques minutes à m’adapter à l’obscurité de la passerelle : nous naviguons tous feux éteints pour pouvoir surprendre des pêcheurs étrangers en activité, on ne distingue que les lueurs des appareils de navigation. Deux tapouilles ont été repérées, au radar d’abord, puis visuellement. Leur vitesse, autour de deux nœuds (un peu moins de quatre kilomètres à l’heure), indique qu’elles sont bien en train de pêcher. L’équipe d’intervention se prépare rapidement et embarque sur le zodiac. Jean-Marc Leforestier les accompagne, je lui confie un appareil photo après l’avoir soigneusement emballé dans plusieurs étuis plus ou moins étanches : la mer est assez agitée.</p>
<p>La premier bateau est guyanais, rien à dire, il respecte les consignes, mais le second est surinamien, il ne doit pas pêcher dans ces eaux. L’O2, commandant en second, demande les papiers du capitaine, surinamien, ainsi qu’un autre pêcheur. Ils sont accompagnés de trois Guyaniens (habitants du Guyana). Ils se montrent pleins de bonne volonté et remontent leurs filets de pêche sans discuter, cela prendra environ quatre heures. Une équipe de surveillance est laissée sur la tapouille qui sera déroutée au petit matin vers Sinnamary où le bateau sera confisqué par la gendarmerie et leur pêche saisie. L’<em>ExCdus</em> ne viendra plus pêcher dans les eaux françaises. Pendant ce temps, à la passerelle, je suis tous les échanges par VHF :</p>
<p>- Vous ne craignez pas 	qu’ils captent vos communications ?</p>
<p>- Ils n’ont ni VHF 	ni GPS ni cartes, ils naviguent aux étoiles, ce sont de vrais 	marins… me répond l’officier de quart.</p>
<p>J’apprécie le respect 	qu’il porte aux hommes qu’il se doit pourtant de pourchasser. 	Cette attitude se vérifiera chez tous les marins de l’<em>Audacieuse </em>: 	jamais je ne les ai entendus déprécier ces hommes qui pratiquent 	un pêche illicite parce qu’il n’y a plus assez de poissons dans 	leurs eaux. Ils sont pauvres et courageux, ne sont pas agressifs, 	contrairement aux Brésiliens qui peuvent l’être et sont parfois 	armés.</p>
<p>Dans la matinée du lendemain nous récupérons notre équipe d’intervention aux yeux cernés, les visages marqués par cette nuit passée sous la pluie sur un bateau gluant de poissons, empêtrés dans les filets.</p>
<p>Dans la journée il y a peu de chance de trouver des pêcheurs clandestins, malgré la couleur grise du bâtiment, l’<em>Audacieuse</em> ne passe pas inaperçue. Nous sillonnons la zone de sécurité qui entoure Kourou pour éviter toute intrusion de bateau étranger aux alentours de la zone de lancement de la fusée. Le lendemain, un bateau vénézuélien refuse de répondre à nos communications VHF. Le bateau est en train de quitter les eaux territoriales, il marche à plus de six nœuds, il n’est donc pas en pêche. L’équipe d’intervention se prépare à nouveau. Très vite, le zodiac s’éloigne du patrouilleur chargé de ses hommes en armes et rejoint le <em>Nueva Denis I</em>. La VHF du navire est simplement défectueuse, celui-ci revient de Cayenne où les Vénézuéliens ont l’autorisation de vendre le fruit de leur pêche. Fausse alerte. Nous continuons à sillonner la zone de sécurité ; pendant ce temps, des exercices d’incendie et de tirs  (au fusil à pompe, fusil mitrailleur calibre 7.62 mm, pistolet automatique HK 9 mm et canon de 20 mm) sont organisés. Les marins de <em>La Boudeuse</em> participent à l’entraînement ainsi que Mélanie Théodore. Deux soirs de suite nous mouillons aux îles du Salut. Les marins organisent un barbecue et tout le monde met la main à la pâte pour confectionner les brochettes et les papillotes. Sur le pont arrière, la température est douce, la musique légère, la cuisine savoureuse. Après quelques verres, les deux équipages se mélangent et confrontent leurs expériences, tant humaines que professionnelles. Le patrouilleur vit l’une de ses dernières sorties ; bientôt, il sera désarmé et l’équipage embarquera sur un autre patrouilleur, <em>La Gracieuse</em>. Il a pourtant mis du cœur et du temps à entretenir et réparer <em>L’Audacieuse </em>; de l’amertume se laisse sentir. Lors des repas suivants, les questions sur notre beau Trois-mats et notre vie à bord fusent. Nous invitons ceux qui le pourront à nous rendre visite pendant la période d’entretien et d’immobilisation de <em>La Boudeuse</em> à Kourou, jusqu’au 5 avril.</p>
<p>Nous profitons du repos au mouillage pour acheter quelques souvenirs de ce bateau appelé à disparaître après son retour en métropole : des boucles de ceinture, un Zippo, quelques t-shirts et polos… L’accueil des marins nous a touché, leur vie au jour le jour, sur ce bateau qui « bouge » beaucoup (nombre de membres de l’équipage porte un <em>patch</em> contre le mal de mer derrière l’oreille), leur discipline, leur humour, leur disponibilité et la fierté qu’ils éprouvent à faire du bon travail, nous émeuvent. Ils savent quand ils embarquent, ne savent jamais quand ils reviendront, ni s’ils auront le temps de prendre leurs congés sans qu’on les rappelle.</p>
<p>Ils nous ont gâtés, nous ont évités les corvées tout en nous faisant participer à toutes leurs manœuvres, nous permettant même de barrer <em>l’Audacieuse</em>, quant à la « cuisse » (le cuistot), il s’est surpassé et je crains que nous n’ayons pris un ou deux kilos, malgré ma lutte contre un mal de mer insidieux.</p>
<p>Aujourd’hui dimanche, quelques marins du patrouilleur, accompagnés de membres de leur famille, viennent visiter <em>La Boudeuse ;</em> nous sommes fiers de leur faire visiter à notre tour notre navire d’exploration et de boire un dernier verre avec eux. Deux ou trois des posters de <em>La Boudeuse</em>, peut-être, orneront bientôt les carrés de leur nouveau bâtiment.</p>
<p><em>L&#8217;</em><em>Audacieuse</em>, la bien nommée, nous te saluons et te rendons hommage, à toi et à ton équipage. Nous ne vous oublieront pas.</p>
<p>Je remercie tout l’équipage, en particulier le commandant, Ludovic Esquivié, et ses officiers, pour leur disponibilité à répondre à nos questions et l’amabilité de leur accueil.</p>
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		<title>Journal de bord N° 012</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Mar 2010 15:07:21 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Journal de bord N° 012, 
par Jean-Marc Leforestier, 
second capitaine. Extrait : [...] le canot pneumatique Commerson est envoyé en éclaireur. Il sera chargé, tout au long de la remontée, de vérifier les sondes données par la carte et, le cas échéant, de trouver un passage parmi les bancs de sable et les roches qui tapissent le lit du fleuve. Á bord de <em> La Boudeuse</em>, l’atmosphère est tendue. Officiers, timoniers et vigies sont à leur tâche, chacun est conscient de devoir donner le meilleur de lui-même : cette navigation difficile l’exige. Il nous faut tenir une vitesse assez rapide de manière à progresser avec l’onde de la marée montante car seules trois heures de navigation nous sont possibles par jour, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Journal de bord N° 012,<br />
par Jean-Marc Leforestier,<br />
second capitaine.</p>
<p>15 mars 2010, embouchure de l’Oyapock.</p>
<p>Au cours de sa mission de travaux scientifiques sur les grands fleuves sud-américains,<em> La Boudeuse</em> et son équipage se devaient d’entreprendre la remontée de l’Oyapock, ce fleuve qui marque la frontière entre le Brésil et la Guyane française. L’ouvrage des Instructions nautiques du Shom le décrit assez sommairement, faisant état d’une cartographie douteuse et d’ « une navigation difficile et dangereuse ». Á charge donc pour nous de collecter les informations complémentaires nécessaires à la navigation. Le service hydrographique de la Direction Départementale de l’Équipement et la vedette de la gendarmerie maritime Mahury nous serons d’une aide certaine en nous fournissant, pour l’un, le rapport de la mission hydrographique menée en mars 1996 par le navire brésilien Argus et, pour l’autre, les cartes du fleuve éditées par la Marine brésilienne. Le Shom n’ayant pas jugé nécessaire de lever une carte de son côté.</p>
<p><em>La Boudeuse</em> appareille donc le dimanche 21 février 2010, de la base navale de Cayenne à destination de Saint-Georges de l’Oyapock : petite bourgade présumée accessible à un navire de notre tirant d’eau. La nuit même, nous mouillons l’ancre dans la vaste baie de l’Oyapock, au pied de la montagne d’Argent, par six mètres de fond.<br />
Le jour naissant découvre l’étendue merveilleuse de cette baie sauvage où n’est visible aucune présence de l’homme. Le vert dense de la végétation luxuriante contraste avec le beige clair des eaux limoneuses.<br />
Le ciel de l’aube est chargé de grains. Un vol d’ibis rouges passe au-dessus de nous. L’heure est  là, le moment est venu de remonter le fleuve, la marée n’attend pas.<br />
Á l’approche de l’embouchure, le canot pneumatique Commerson est envoyé en éclaireur. Il sera chargé, tout au long de la remontée, de vérifier les sondes données par la carte et, le cas échéant, de trouver un passage parmi les bancs de sable et les roches qui tapissent le lit du fleuve. Á bord de La Boudeuse, l’atmosphère est tendue. Officiers, timoniers et vigies sont à leur tâche, chacun est conscient de devoir donner le meilleur de lui-même : cette navigation difficile l’exige. Il nous faut tenir une vitesse assez rapide de manière à progresser avec l’onde de la marée montante car seules trois heures de navigation nous sont possibles par jour, avant de devoir trouver un trou d’eau dans lequel mouiller l’ancre et laisser notre navire flottant à marée basse.<br />
Dans la partie la plus large du fleuve, des difficultés imprévues se présentent. Commerson nous informe que des pêcheurs ont calé des centaines de mètres de filet sur notre route. Notre hélice, prise dans ceux-ci, nous conduirait en mauvaise posture. S’engage alors un véritable gymkhana entre les flotteurs de liège. Commerson, à faible allure, nous ouvre le passage. Nous passons trois bons quarts d’heure à sortir de ce labyrinthe.<br />
Les rives du fleuve se resserrent. La jungle se fait plus prégnante. La mangrove a laissé place à une autre végétation : des palmiers de toutes sortes, des lianes et des bambous habitent les berges. Nous rencontrons le courant de marée descendante, le niveau de l’eau baisse, il est temps de trouver un lieu de mouillage propice. Le soir tombe, la silhouette du gréement de <em>La Boudeuse</em> se mêle aux grands arbres de la forêt vierge. Notre batterie de sabords noire et blanche se reflète dans l’eau calme du fleuve. Les bruits de la jungle nous captivent, nous passerons une nuit merveilleuse.<br />
La matinée suivante, au mouillage, est mise à profit par les botanistes pour établir des transects sur la rive française. Des marins du bord les accompagnent. Les ichtyologues ne sont pas en reste, puisque différents filets sont calés dans les criques alentour.<br />
Vers midi, alors que nous virons notre ancre au guindeau pour reprendre notre route, le ciel s’obscurcit soudain. Le vent se met à souffler en tempête et de véritables trombes d’eau s’abattent sur nous. Les berges du fleuve ont disparu, nous n’y voyons pas à vingt mètres. Cette  grosse pluie chaude brouille tout. Notre ancre chasse et le moteur est embrayé en avant demi pour étaler, en attendant que le grain passe. Survient alors, à longer notre bord, l’étrange vision fantomatique de deux barques de pêche naviguant à couple dans la tourmente en partageant le gréement de fortune d’une voile commune. Échange de regards étonnés entre deux équipages aux corps ruisselants de pluie.<br />
Les derniers milles de notre navigation vers Saint-Georges confirment l’imprécision des cartes brésiliennes et les limites de la méthode hydrographique dite « expéditive », employée lors de la levée de ces cartes. Je conçois que les bancs de sable puissent bouger, mais les roches, elles, ne bougent pas…. Nous en serons quitte pour quelques petites frayeurs.<br />
Le charmant petit bourg de Saint-Georges est atteint le mardi 23 févier à 15h30, sous un soleil radieux. Joie et fierté sont dans le cœur de tout l’équipage. </p>
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		<title>Journal de bord N° 011</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Mar 2010 09:32:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[ Journal de bord N° 011,  
 Extrait : [...] Les punaises marines (Hétéroptères aquatiques et semi-aquatiques, comme les Halobates) sont des animaux peu connus des littoraux et des zones pélagiques (vivant en pleine mer). Ce sont des insectes qui, comme leurs équivalents en milieu aquatique d'eau douce, se déplacent, vivent, se nourrissent et se reproduisent à la surface des eaux marines, véritables patineurs des mers. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;A la recherche des patineurs des mers » premiers résultats de l&#8217;un<br />
des programmes scientifiques de l&#8217;expédition &laquo;&nbsp;Terre-Océans&nbsp;&raquo; de <em>La </em><br />
<em>Boudeuse </em>en Guyane.</p>
<p>Les punaises marines (Hétéroptères aquatiques et semi-aquatiques, comme les Halobates) sont des animaux peu connus des littoraux et des zones pélagiques (vivant en pleine mer). Ce sont des insectes qui, comme leurs équivalents en milieu aquatique d&#8217;eau douce, se déplacent, vivent, se nourrissent et se reproduisent à la surface des eaux marines, véritables patineurs des mers.<br />
Ils sont le plus souvent ignorés par les océanographes et méconnus des entomologistes, les spécialistes des insectes. Ils font pourtant partie de la partie supérieure du plancton, le pleuston, à l&#8217;interface eau-air, ce qui leur confère un caractère indicateur de premier ordre (relations alimentaires entre organismes, structure et évolution des communautés planctoniques et littorales, polluosensibilité, etc.). Ce sont des prédateurs stricts qui se nourrissent des sucs de leurs proies, zooplancton marin pour les espèces pélagiques, proies noyées pour les espèces côtières, mais dont on connaît mal l&#8217;écologie.<br />
L&#8217;un des scientifiques de l&#8217;expédition pluridisciplinaire de <em>La Boudeuse, </em>le Dr Romain GARROUSTE, chercheur au Muséum national d&#8217;histoire naturelle de Paris et au Laboratoire PROTEE de l&#8217;Université du Sud-Toulon-Var, spécialiste de la biodiversité des insectes, viens de révéler la présence de ces insectes dans les eaux marines de Guyane, entre les fleuves Oyapock et Maroni, grâce aux moyens logistiques de l&#8217;expédition.<br />
En sus des punaises Halobates, qui peuvent parfois s&#8217;échouer sur les plages de Guyane, les mangroves et estuaires accueillent également une espèce littorale, le Velidé Trochopus sp., une autre espèce de punaise aquatique. Ces découvertes originales apportent un nouvel éclairage sur la biodiversité des milieux marins et littoraux où ces organismes étaient absolument ignorés et non suspectés. Ces organismes peu étudiés et mal connus peuvent cependant apporter des informations pertinentes sur les modifications de l&#8217;environnement, qui constituent l&#8217;un des thèmes centraux de l&#8217;expédition. Parmi les questions posées, les échouages des Halobates, de plus en plus observés, ne sont pas expliqués. Dans les hypothèses avancées résident les pollutions marines qui dérégleraient la physiologie de ces organismes. Des relations avec les macrodéchets sont également suspectées, qui à la fois favoriseraient ces organismes (support des pontes) mais induiraient des pollutions défavorables et des perturbations de leur habitat. Des dosages de polluants sont prévus dans les prélèvements réalisés par le chercheur à bord de <em>La Boudeuse, </em>ils seront réalisés par le Laboratoire PROTEE (Processus d&#8217;échanges et de Transfert dans l&#8217;environnement) de l&#8217;Université du Sud-Toulon-Var.</p>
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		</item>
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		<title>Journal de bord N° 010</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Feb 2010 23:43:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[ Journal de bord N° 010,  
par Juan Montoya,  
Ichtyologue,  Extrait : [...]  les résultats pour la partie ichtyologique sont très intéressants: nous avons trouvé plusieurs individus de l'espèce Rivulus igneus, qui est considérée comme une espèce pionnière, car ces poissons peuvent se déplacer facilement d'une flaque d'eau à l'autre et ainsi coloniser des criques fragmentées en saison sèche ou abandonner des endroits qui ne sont plus propices à leur survie. Un petit poisson-chat du genre Ituglanis, ressemblant à un dragon miniature, a été trouvé dans le crique coulant vers le sud. Nous avons également trouvé, des deux côtés de la montagne, des specimens du genre Hartiella, poisson rare trouvé uniquement dans les criques de montagne. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Journal de bord N° 010<br />
(rapport de la mission Lucifer du 2 au 13 février 2010)<br />
Par Juan Montoya<br />
Ichtyologue</p>
<p>Le Massif Lucifer fait partie d&#8217;une réserve biologique gérée par l&#8217;ONF (Office National des Forêts), et son plateau est parcouru de petites criques rejoignant le bassin de la Mana, qui n&#8217;ont encore jamais été explorées du point de vue ichtyologique. Quelques inventaires réalisés en 2005 ont permis de découvrir une grenouille et un serpent non encore identifiés, laissant présager des belles découvertes pour les poissons et les insectes, organismes au coeur de nos problématiques scientifiques respectives.<br />
Notre équipe « luciférienne » était composée de Romain Garrouste (entomologiste), Gérald Musereau (lieutenant mécanicien de La Boudeuse), Frédéric Lammens (photographe), Thomas Guéry (chef opérateur vidéo), Juan Montoya (ichtyologue) et Tamara Fischer (étudiante en Master et ichtyologue apprentie).<br />
Nous avons tout d&#8217;abord été héliporté à Citron (profitant ainsi d&#8217;un tour de repérage), un camp minier situé au pied du fameux massif. Nous avons passé l&#8217;après-midi dans un carbet très accueillant à vérifier notre matériel de terrain et à organiser la mission avec les porteurs et le guide, un vieux monsieur brésilien connaissant bien la région.<br />
Il s&#8217;agissait donc de grimper à flanc de massif environ 400 mètres de dénivelé, en emportant avec nous l&#8217;essentiel pour établir un campement en forêt, la nourriture pour cinq jours, et tout le matériel scientifique de pêche et de capture d&#8217;insectes. Après une bonne marche, nous nous sommes arrêtés sur un ancien site de campement de l&#8217;ONF, menant à un layon tracé il y a 5 ans, qui traverse le plateau d&#8217;ouest en est.<br />
Nous sommes ainsi restés trois jours entiers à la recherche des petites criques de montagne s&#8217;écoulant sur les deux versants du massif, notre but étant de pêcher des deux côtés afin de pouvoir étudier la répartition des espèces de part et d&#8217;autre, ainsi que de trouver des cascades mentionnées par les chercheurs de l&#8217;ONF, qui pouvaient être un biotope intéressant à étudier.<br />
Malgré nos efforts, nous n&#8217;avons pas pu atteindre les cascades situées trop loin de notre campement. Néanmoins, les résultats pour la partie ichtyologique sont très intéressants: nous avons trouvé plusieurs individus de l&#8217;espèce Rivulus igneus, qui est considérée comme une espèce pionnière, car ces poissons peuvent se déplacer facilement d&#8217;une flaque d&#8217;eau à l&#8217;autre et ainsi coloniser des criques fragmentées en saison sèche ou abandonner des endroits qui ne sont plus propices à leur survie. Un petit poisson-chat du genre Ituglanis, ressemblant à un dragon miniature, a été trouvé dans le crique coulant vers le sud. Nous avons également trouvé, des deux côtés de la montagne, des specimens du genre Hartiella, poisson rare trouvé uniquement dans les criques de montagne. Ces individus pourraient s&#8217;avérer être de bons indicateurs des lieux géographiques où la présence de l&#8217;eau aurait été continue au cours des derniers millions d&#8217;années.<br />
Notre travail continue donc au laboratoire pour analyser les échantillons que nous avons ramené, notamment grâce aux outils de la génétique moléculaire, et compléter les données sur la diversité ichtyologique guyanaise.<br />
Ce fut une expérience enrichissante, tant sur le plan scientifique que sur le plan de l&#8217;aventure, car nos recherches sur les poissons ne nous ont pas empêché de tomber sur d&#8217;autres représentants de la faune guyanaise: un caïman gris (Paleosuchus trigonatus), une grage petit carreau (Bothrops atrox), une tortue denticulée (Geochelone denticulata), un scorpion noir (Tityus cambridgei) et d&#8217;entendre au loin les bandes de singes hurleurs &#8230; et les rugissements du jaguar?.</p>
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		<title>Journal de bord N° 009</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Jan 2010 19:30:11 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[ Journal de bord N° 009, 
par Bernard Wolfrom, 
Responsable base arrière, Extrait : [...] "La patience, parlons en , il en faut à tous ces gens que je sollicite, sans relâche, et sans hésiter en plus, et sans arrêt de surcroît. Moi qui ne sais rien excepté, peut-être, « ne pas savoir », je sais quand même que je leur dois beaucoup et je vais en profiter pour les remercier ici très très sincèrement. 
Quels qu'ils ou elles soient. Toutes celles et tous ceux qui m'ont donné un coup de main.
Ils n'ont pas leur photo sur le site internet (ils ne sont pas membres de l'équipage) eux qui le plus simplement du monde et avec beaucoup de simplicité, de gentillesse, de pertinence m'apportent, que dis-je m'offrent, leur aide, souvent spontanément." [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Journal de bord N° 009</p>
<p>(Paris &#8211; Montparnasse)</p>
<p>Par Bernard Wolfrom</p>
<p>Responsable de la base arrière</p>
<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } --></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Le lieu d&#8217;où j&#8217;écris mon journal va être certainement moins exotique que les lieux évoqués dans les précédents journaux de bord&#8230; quoique; si je dis « Mandriva » ça peut surprendre.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">C&#8217;est pourtant tout les jours, enfin presque tous les jours, et parfois la nuit que je me <span style="color: #000000;">scotche</span><span style="color: #008000;"> </span> à ce « Mandriva ». Mais rien que du très normal, c&#8217;est le nom de la distribution Linux de mon ordinateur portable. Exotique disais-je.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">L&#8217;ordinateur&#8230; c&#8217;est l&#8217;Outil de travail; celui qui facilite notablement les échanges avec le bord. Les questions, les avis, les instructions, sont incroyablement accélérés grâce à cette incarnation de technologie moderne.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">2 ordinateurs, un système de téléphonie par satellite et dans des échanges devenus trop faciles, on consomme de la vitesse comme on consomme de la vie, sans vraiment se rendre compte qu&#8217;elle passe. Quasiment du temps réel.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Julia Du Rietz m&#8217;envoie une photo ? Patrice Franceschi rédige une actu ? Dans l&#8217;heure le site peut être renseigné et le lecteur satisfait.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Une carte électronique fait défaut à bord ? Une personne à contacter ? Peu de délais entre la requête et l&#8217;action.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><em> </em><span style="color: #000000;"><em>La Boudeuse</em> est cependant dans un temps d&#8217;action-réflexion bien différent de ce que nous pouvons vivre ici à terre où, dans notre faim d&#8217;immédiateté, de réponses instantanées voire prémachées par un moteur de recherche ( que nous n&#8217;explorons -le terme n&#8217;est pas anodin ici- finalement que rarement au delà même de la première page, faisant ainsi aveuglément confiance à un algorithme dont nous ne détenons pas les secrets ) qu&#8217;il advient que nous avons parfois un peu de mal à concevoir le terme même de délai.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;"><span style="color: #000000;">D&#8217;autre part la perception de l&#8217;urgence n&#8217;étant pas la même, et pour cause, et c&#8217;est normal, le travail de la base arrière requiert beaucoup d&#8217;autonomie de décision.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Souvent je me pose la question: comment faisaient-ils quand il fallait un an pour se rendre aux antipodes ? Ceci dit à l&#8217;époque, bien souvent les chefs restaient à terre et l&#8217;autonomie partait avec les bateaux.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">Et quoi… que je deviendrais-je sans nouvelles du bord ? Je suis comme vous, très humblement, il me faut ma dose d&#8217;info tous les jours. Qu&#8217;un caprice informatique égare les octets, qu&#8217;une fenêtre logicielle ne veuille pas s&#8217;ouvrir à bord, qu&#8217;une panne insidieuse se moque des hommes ….  bref  quand les électrons ont des difficultés à transiter par satellite et bien je dois bien patienter moi aussi.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">
<p style="margin-bottom: 0cm;">La patience, parlons en , il en faut à tous ces gens que je sollicite, sans relâche, et sans hésiter en plus, et sans arrêt de surcroît. Moi qui ne sais rien excepté, peut-être, « ne pas savoir », je sais quand même que je leur dois beaucoup et je vais en profiter pour les remercier ici très très sincèrement.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Quels qu&#8217;ils ou elles soient. Toutes celles et tous ceux qui m&#8217;ont donné un coup de main.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Ils n&#8217;ont pas leur photo sur le site internet eux qui le plus simplement du monde et avec beaucoup de simplicité, de gentillesse, de pertinence m&#8217;apportent, que dis-je m&#8217;offrent, leur aide, souvent spontanément.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Impossible bien évidemment de citer tout le monde, mais quand même … ainsi Béatrice de l&#8217;URSSAF qui débroussaille/ éclaire  une situation disons un peu hors-norme ;  Lucinda, Sylvie, Ezter ou Camille du cabinet MBV qui trient / classent / rangent factures et fiches de paie et aussi les gens de l&#8217;ENIM qui m&#8217;ont reçu à l&#8217;improviste et aiguillé dans un dédale administratif auquel je ne connaissais rien, et ce monsieur de la CCI pour une histoire de carnet ATA&#8230; Et une mention pour Pascale Soncini de BNP Paribas sans qui vous n&#8217;auriez pas -entre autre- sur ce même site la position du navire aussi souvent, y compris le dimanche, y compris pendant ses congés.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Ce ne sont là que quelques exemples de gens qui, au quotidien,  me facilitent la tâche et par là celle du bateau.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Pour un homme au front, combien en support ?</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Sans gloire mais pas sans mérites.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Équipiers à leurs façon, tous  cherchent et trouvent avec coeurs, compétence et imagination des solutions aux souvent assez inhabituels problèmes que pose une communauté aussi atypique que <em>La Boudeuse</em>.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Tous ont adopté le navire, et son équipage, et s&#8217;enthousiasment pour ses missions à tel point que dorénavant c&#8217;est un peu leur rêve, celui dont parlait Filippo Mennuni dans son journal (le N° 007). Voir le bien qu&#8217;ils font à bord les réjouit, une photo de manoeuvre est leur récompense.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Et ça me touche.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Comme me touchent les gens dont le regard brille en visitant le navire, ces salariés fiers que leur entreprise soit partenaire,  ceux qui rêvent assez pour faire acte de candidature, même s&#8217;il est bien évidemment impossible d&#8217;accueillir tout le monde et que le niveau d&#8217;aptitude requis à bord est très élevé.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;">Démonstration, une fois encore, de l&#8217;assertion de Jean Bodin au 16ème siècle « il n&#8217;y a richesse, ni force que d&#8217;hommes ».</p>
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		<title>Journal de bord N° 008</title>
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		<pubDate>Sat, 26 Dec 2009 08:00:47 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[ Journal de bord N° 008, 
par Fernando Guillot, 
Lieutenant technicien, Extrait : [...] "Le bateau s'ouvre un chemin silencieux vers le nouveau monde, bien au delà de l'horizon, comme Christophe Colomb et sa caravelle, Quelques années plus tard, c'était au tour de Bougainville avec « La Boudeuse » et « L'étoile ». Le but était le même: découvrir le monde avec les mêmes moyens: le vent et l'esprit d'aventure." [...] ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } --></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;">Journal de bord N° 008</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;">(Atlantique, route Cap Vert &#8211; Guyanne)<br />
</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;">par Fernando Guillot</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;">Lieutenant technicien</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Il est 20 heures. Mon quart vient de finir. L&#8217;équipage a déjà diné. La journée était bien chargée. J&#8217;ai passé la matinée à chercher une panne électrique intermittente dans le panneau du moteur. Ça n&#8217;était pas compliqué, mais  bien caché. Cette fois, mon instinct et mon expérience m&#8217;ont  donné un vrai coup de main.  Mais avant que je ne puisse finir, un appel à manœuvrer retentit !&#8230; Je laisse mon travail de coté et m&#8217;attèle au changement de voilure. Il est nécessaire d&#8217;envoyer  9 voiles et le travail se fait en 10 minutes: pas mal du tout ! Je vois la satisfaction dans le regard du Capitaine et l&#8217;équipage commence à être fier de lui même. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Tous les jours, nous avons des manœuvres, des exercices, de l&#8217;entretien ; le navire est une machine qui ne s&#8217;arrête jamais, chacun fait son boulot. Après dîner, un calme apparent revient à bord. Je prends ma place préférée, sur  le coffre de plongée, pour fumer mon cigare en écoutant de la musique. Une sonate de Mozart cette fois. La musique accompagne le son des vagues. Il ne pourrait y avoir plus d&#8217;étoiles dans le ciel. En face de moi, la seule qui ne bouge pas de toute la nuit, bien sûr, la Polaire.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Le bateau s&#8217;ouvre un chemin silencieux  vers le nouveau monde, bien au delà de l&#8217;horizon, comme Christophe Colomb et sa caravelle, Quelques années plus tard, c&#8217;était au tour de Bougainville avec « La Boudeuse » et « L&#8217;étoile ». Le but était le même: découvrir le monde avec les mêmes moyens: le vent et l&#8217;esprit d&#8217;aventure. Je me plonge dans le passé, me revoilà adolescent, visionnant les films de Jacques Cousteau ; le poste de télé chez moi en Argentine, dans les années 70, était en noir et blanc et fonctionnait avec des lampes. C&#8217;était une vrai pièce de musée. J&#8217;ai passé des heures à admirer le monde sous-marin, les expéditions de la « Calypso » qui voyageait autour du monde, emportant des scientifiques dans tout les recoins de la planète. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Maintenant je suis là, au milieu de l&#8217;Atlantique, cap sur l&#8217;Amérique. Fier équipier de <em>La Boudeuse</em>, avec les responsabilités de technicien, plongeur  et  explorateur ; voilà que mon rêve est devenu une réalité. Une réalité qui réclame son lot d&#8217;énergie quotidien, mais cet aspect ne me dérange pas, le prix en vaut la peine. A l&#8217;époque, j&#8217; étais spectateur de l&#8217;aventure,  je suis maintenant  acteur de mon destin.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Devenir explorateur n&#8217;est ni un sport ni un métier, c&#8217;est une passion. Tout le monde ne peux comprendre le pourquoi d&#8217;une activité pareille : risquée, inconfortable, pas rentable, bouffé par les moustiques, assaillis par la chaleur, tout cela dans les coins les plus perdus ! Qui voudrait devenir explorateur? Mais, comme le dit l&#8217;explorateur Gilabert : « On peut mourir de faim en quelques semaines, de soif en quelques jours, mais de panique en quelques minutes. C&#8217;est notre détermination de vivre, notre force mentale, additionnée à nos connaissances des techniques et des matériels qui nous permettront de sortir vainqueur de n&#8217;importe quel endroit ».</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Après quoi il faut avoir la connaissance du groupe, du matériel et du terrain.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Trop de risques  me direz-vous ! Peut être. Mais passionnant, vous répondrais-je !</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> En forêt, nos jambes sont nos seuls moyens de déplacement. Donc notre pire ennemi est le poids de notre sac à dos. C&#8217;est vrai dans la vie aussi ; il faut se débarrasser de tous les souvenirs du passé pour être plus léger et affronter notre destin. </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Un poète Espagnol à dit : Caminante no hay camino, se hace camimo al <span lang="es-ES">andar.</span> « Marcheur, il n&#8217;y a pas de chemin tracé, le chemin se trace en marchant. » </span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Pour moi, la suite des expéditions sera vraiment intéressante. L&#8217;Amérique, avec sa culture et son idiosyncrasie plutôt particulière, il faut bien le comprendre. Être né las-bas, avec mon castellano comme langue maternelle me permettra d&#8217;avantager de façon substantielle nos relations avec les autochtones sud-américains.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"> Le navire glisse sur le soir, toutes voiles dehors, vers le soleil couchant. Je vois dans   l&#8217;horizon la magie de Salvador Dalì, avec la folie de ses couleurs. Là-bas, je la vois ! Oui, je la vois, pas avec les yeux bien sûr, je la vois avec mon cœur, c&#8217;est mon Amérique, celle qui nous attend, celle qui m&#8217;attend.</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;"><br />
</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;">( Adapté en version française par Cyril Millet</span></p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify"><span style="font-size: x-small;">Intendant cuisinier )<br />
</span></p>
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