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	<title>Terre - Océan &#187; Journal de bord</title>
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	<description>Une mission du Grenelle de la Mer autour du monde</description>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 8</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Aug 2010 13:58:34 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em>,
120 milles dans le sud-ouest de Brest .

   Plus que vingt-quatre heures de navigation ! Si tout va bien, le navire arrivera à bon port dimanche dans l'après-midi après dix jours de mer depuis l'archipel des Açores. Les dernières soixante-douze heures ont été particulièrement éprouvantes pour l'équipage, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em><br />
120 milles dans le sud-ouest de Brest</p>
<p>   Plus que vingt-quatre heures de navigation ! Si tout va bien, le navire arrivera à bon port dimanche dans l&#8217;après-midi après dix jours de mer depuis l&#8217;archipel des Açores. Les dernières soixante-douze heures ont été particulièrement éprouvantes pour l&#8217;équipage, notamment dans la nuit du 25 au 26 août ou pour la troisième fois consécutive l&#8217;équipage a dû affronter des vents de tempête de force 9 doublés d&#8217;orages &laquo;&nbsp;dantesques&nbsp;&raquo;, obligeant à des réductions d&#8217;urgence de la voilure. Manoeuvres sous les éclairs et la pluie, dans l&#8217;obscurité la plus totale. Au bout du compte et au petit matin, plus le moindre vêtement sec pour les hommes à bord et fatigue générale pour tous. Surtout pour ceux qui sont là depuis presque une année&#8230;<br />
   Par une de ces ironies de la vie, cette dernière traversée de 1.200 milles  entre les Açores et Brest &#8211; environ 2.000 Kms &#8211; qui aurait dû être de tout repos en cette saison, s&#8217;est révélée l&#8217;une des plus dures qui soient. En cause, la succession incroyable, et imprévue, des dépressions qui ont affectées l&#8217;Atlantique nord à partir du 20 août, balayant l&#8217;océan d&#8217;ouest en est tous les deux ou trois jours et renvoyant l&#8217;anticyclone des Açores loin dans le nord. L&#8217;équipage s&#8217;en souviendra longtemps&#8230; Mais au moins, il y avait du vent pour &laquo;&nbsp;tracer&nbsp;&raquo; des centaines de milles de jour en jour.<br />
   Quoi qu&#8217;il en soit, le plus dur est derrière désormais. La météo est bonne aujourd&#8217;hui et devrait le rester demain pour les derniers milles qui séparent <em>La Boudeuse</em> de Brest, sa destination finale. En attendant de voir ce que l&#8217;avenir réserve au navire, à ses hommes et à ses projets.<br />
   Mais il s&#8217;agit là d&#8217;une autre histoire&#8230; </p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 7</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 10:50:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Atlantique nord, vers la France; 
Le 24 août 2010. 
           
            Contrairement aux apparences, être responsable d’un trois-mâts comme <em>La Boudeuse</em>, présente plus d’inconvénients que d’avantages… Surtout quand l’avenir et le destin du navire sont en jeu comme en ce moment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em><br />
Atlantique nord, vers la France<br />
Le 24 août 2010</p>
<p>            Contrairement aux apparences, être responsable d’un trois-mâts comme <em>La Boudeuse</em>, présente plus d’inconvénients que d’avantages… Surtout quand l’avenir et le destin du navire sont en jeu comme en ce moment. Au départ des Açores, il est apparu évident qu’à dix jours de l’arrivée en France, ma place &#8211; d’un point de vue de l’efficacité &#8211; n’était plus à bord mais à Paris pour préparer le retour de <em>La Boudeuse</em> avec les hommes de la base arrière, Bernard Wolfrom et Amaury Bironneau.</p>
<p>Grandeur et servitude du métier de capitaine…</p>
<p>Depuis le 20 août, c’est donc Jean-Yvon Combot qui commande le navire pour sa dernière semaine de mer. Jean-Yvon est de ces vieux « loups de mer » &#8211; comme on dit &#8211; Breton de surcroît, en qui on peut avoir confiance. Il est « des nôtres ». Dés 2004 il participait à la refonte de <em>La Boudeuse</em> avant son tour du monde consacré aux « peuples de l’eau », prenait le poste de second capitaine dans le Pacifique en 2005, commandait le navire en mon absence du côté de l’Australie et à nouveau pendant la remontée de la Seine en 2007. Il connaît le métier mieux que personne… Naturellement, nous avons convenu de contacts réguliers afin que je puisse poursuivre ce récit du retour de <em>La Boudeuse</em> et assurer en même temps un « routage météo » plus efficace que ce qui peut être obtenu à bord. Sage précaution. Car dés le 21 août dans la nuit, un violent coup de vent s’est abattu sur le navire, parfaitement imprévu, se transformant très vite en tempête de Force 9. Le 22 au matin, Combot, m’appelait sur le telsat :</p>
<p>« Patrice ? Ca souffle vraiment très fort. Mais pas d’inquiétude, tout va bien à bord. Nous continuons sur les voiles de mauvais temps, hunier fixe et trinquette. La mer se creuse et ça secoue de plus en plus. La météo captée ici annonce même la possibilité de « vagues scélérates » venant de l’ouest…</p>
<p>Les « vagues scélérates » sont ces montagnes d’eau abominables provoquées par des conditions de mer et de houle assez mal connues mais qui coulent les plus gros navires en un seul passage et moins de temps qu’il n’en faut pour le dire…</p>
<p>« Ok, Jean-Yvon, j’analyse la météo à venir et te fais un point très vite sur la meilleure route à suivre. »</p>
<p>Je rappelle quelques heures plus tard :</p>
<p>« Pas de chance, mon vieux, vous êtes tombé dans une dépression assez violente, plutôt inattendue en cette saison. Elle va suivre une trajectoire nord-est pendant quatre jours au moins. Une autre dépression suit derrière sur la même ligne. Pas d’infos particulières sur les « vagues scélérates », heureusement. Tu as intérêt à te dégager vers l’est en prenant une route moins directe, vers l’Espagne. Tu laisseras ainsi la tempête sur ta gauche tout en gardant des vents favorables et une mer moins formée.</p>
<p>« OK, je te tiens au courant… »</p>
<p>Le 23 au soir, nouvel appel. J’ai le gabier Callegari en ligne :</p>
<p>« Tout va mieux même si ça continue à bastonner, m’annonce-t-il. On fait bonne route à bonne vitesse avec un peu plus de voilure.</p>
<p>« Parfait, vous rappelez au moindre problème… »</p>
<p>Je raccroche, vaguement inquiet malgré tout. Je n’aime pas savoir mon équipage dans de telles conditions quand je ne suis pas là, même si tous sont à la hauteur et bien encadrés. Mais ainsi va la vie pour l’instant&#8230; Chacun doit être au poste où il est le plus utile.</p>
<p>Et demain sera un autre jour…</p>
<p>Patrice Franceschi<br />
Capitaine du trois-mâts <em>La Boudeuse</em></p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 6</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Aug 2010 09:02:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Archipel des Açores, 
    Le 20 août 2010. 

    Trois journées complètes d'escale se sont écoulées dans ce morceau de Portugal que sont les Açores au milieu de l'Atlantique. Nous voilà prêt maintenant à entamer la dernière étape du trajet qui doit nous ramener vers la France. 1.400 milles par la route des vents (2.500 kms). Une route qui monte d'abord presque directement dans le nord en latitude.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em><br />
    Archipel des Açores<br />
    Le 20 août 2010</p>
<p>    Trois journées complètes d&#8217;escale se sont écoulées dans ce morceau de Portugal que sont les Açores au milieu de l&#8217;Atlantique. Nous voilà prêt maintenant à entamer la dernière étape du trajet qui doit nous ramener vers la France. 1.400 milles par la route des vents (2.500 kms). Une route qui monte d&#8217;abord presque directement dans le nord en latitude. A priori, rien de très compliqué, mais il va falloir gérer correctement le déplacement des dépressions annoncées sur notre route si nous voulons bénéficier de vents favorables. Pas question de prendre ces dépressions sur leur mauvais côté et de se retrouver avec des vents de face. Une fois de plus notre art de la navigation à la voile sera mis à l&#8217;épreuve avec sa gestion météo qui ne laisse place à aucune erreur. Tant mieux.<br />
    Le branle-bas de départ a été donné à six heures trente du matin, aux premières lueurs du jour. Nous allons virer sur notre ancre, puis envoyer le hunier fixe masqué au vent afin de faire reculer le navire tout en brassant les vergues en contrebarrant pour qu&#8217;il pivote sur son axe. Après quoi, les deux focs seront hissés et La Boudeuse se placera bâbord amure, prête à entamer sa route dès que les autres voiles seront envoyées. Tout l&#8217;art de la manœuvre traditionnelle pour quitter un mouillage à la voile&#8230;<br />
     Des Açores, je garderai le souvenir ému de l&#8217;un des ports les plus mythiques de l&#8217;Atlantique pour les générations de marins et d&#8217;aventuriers qui nous ont précédés : Horta, dans l&#8217;île de Faial. Une île presque ronde de 15 kms à peine de diamètre avec une montagne au milieu qui culmine à 1000 mètres d&#8217;altitude. On imagine les proportions&#8230; Pour une montagne dans la mer, c&#8217;en est une&#8230; Mais, en vérité, cette montagne est une caldeira, c&#8217;est à dire le cratère d&#8217;un ancien volcan. J&#8217;y suis monté : impressionnant, comme l&#8217;énorme trou qu&#8217;aurait provoquée une météorite géante tombée du ciel. Un précipice de plusieurs centaines de mètres. Vertigineux. Sur ce paysage vert et noir, des cohortes de nuages gris se déchiraient sur les bords dentelés du cratère. Si des diplodocus étaient sortis de cette arène naturelle, je n&#8217;en n&#8217;aurait pas été autrement surpris&#8230;<br />
    A Horta, la seule ville sur la côte, 7.000 habitants se serrent entre la mer et la montagne dans un enchevêtrement de ruelles pavées aux trottoirs dessinés d&#8217;arabesques noires et blanches délimitant des maisons à la superbe architecture lusitanienne. Des églises partout &#8211; naturellement &#8211; lourdes et baroques, entrecoupées de places ombragées et de bâtiments publics d&#8217;un autre temps entre lesquels se dessinent cafés et commerces ou vaque une population tranquille. Et sur tout cela flotte ce petit air de paix et de sérénité que l&#8217;on ne trouve que dans les îles perdues.<br />
    Comme il se doit, tout l&#8217;équipage est allé boire un verre au &laquo;&nbsp;Peter Café&nbsp;&raquo;, l&#8217;endroit qu&#8217;aucun marin ne doit rater à Horta. Tout ce qui navigue dans l&#8217;Atlantique nord se donne régulièrement rendez-vous dans ce café orné de dents de cachalots gravées, d&#8217;une quantité invraisemblable de pavillons de navires, de photos anciennes et de tous les souvenirs de mer que l&#8217;on peut imaginer, dans un bric-à-brac bon enfant. Si on le souhaite, on peut même avaler une soupe de baleine dans cette sorte de taverne venue du fond des âges marins&#8230;<br />
    Sur le port lui-même, autre tradition bien connue ici: celle des &laquo;&nbsp;peintures d&#8217;équipages&nbsp;&raquo;. Des milliers de marins ont peints leurs navires ou leurs emblèmes sur tous les murs du port afin de laisser une empreinte de leur passage. Les quais sont ainsi devenus au fil des décennies de véritables &laquo;&nbsp;galeries&nbsp;&raquo; d&#8217;expositions d&#8217;art naïf que l&#8217;on peut admirer en flânant entre les bateaux. Comme il n&#8217;y a plus de place depuis longtemps, les nouveaux arrivants peignent sur le sol lui-même et l&#8217;on marche ainsi sur une suite inconcevable de &laquo;&nbsp;tableaux&nbsp;&raquo;&#8230;<br />
    Mais tout cela appartient au passé, désormais. Devant nous, il n&#8217;y a plus que l&#8217;océan qui, cette fois, nous ramène vers la France.</p>
<p>    Patrice Franceschi<br />
Capitaine du trois-mâts <em>La Boudeuse</em></p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 5</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Aug 2010 12:06:47 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[  Dans le sud-ouest de l'île de Faial aux Açores, 
    Le 16 août 2010, 

    Les premières lueurs du jour effacent une à une les constellations du ciel qui ont peuplé notre nuit : Orion, Persée, les Pléiades, Pégase, Cassiopée, s'éteignent doucement, achevant la ronde nocturne des étoiles dont personne ne se lasse à bord de <em>La Boudeuse</em>. Nous scrutons maintenant l'horizon aux jumelles, droit devant nous vers l'est, là où le soleil va se lever. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts La Boudeuse<br />
    Dans le sud-ouest de l&#8217;île de Faial aux Açores<br />
    Le 16 août 2010</p>
<p>    Les premières lueurs du jour effacent une à une les constellations du ciel qui ont peuplé notre nuit : Orion, Persée, les Pléiades, Pégase, Cassiopée, s&#8217;éteignent doucement, achevant la ronde nocturne des étoiles dont personne ne se lasse à bord de <em>La Boudeuse</em>. Nous scrutons maintenant l&#8217;horizon aux jumelles, droit devant nous vers l&#8217;est, là où le soleil va se lever. L&#8217;île de Faial renvoi déjà son écho sur le radar à une trentaine de milles de distance. Faial : l&#8217;une des îles de l&#8217;archipel portugais des Açores, celle où nous avons décidé de faire escale sur notre route de retour vers la France. Deux semaines que nous l&#8217;attendons. Sans impatience.<br />
    &laquo;&nbsp;Faial en visuel !&nbsp;&raquo; crie bientôt la vigie postée près du mât de beaupré. Je monte sur le toit de la timonerie. Le cône volcanique de l&#8217;île est bien là, posé sur la ligne d&#8217;horizon, déjà impressionnant dans le petit matin qui s&#8217;éclaire. Faial ne mesure que 20 kms sur 10 mais culmine à plus de 1.000 mètres d&#8217;altitude. Une vraie montagne dans la mer. Pas moyen de la manquer&#8230; Surtout que juste derrière se dresse aussi le cône de l&#8217;île de Pico, deux fois plus élevé&#8230;<br />
    Franck Lehoux, second capitaine, vient relever mon quart avec les gabiers Serge Lombardi et Thomas Faizant. Je m&#8217;installe à l&#8217;avant du navire et songe aux quatorze journées qui se sont écoulées depuis notre départ des Bermudes, tout là-bas de l&#8217;autre côté de l&#8217;Atlantique. 1.800 milles &#8211; près de 3.500 kms &#8211; viennent encore d&#8217;être parcourus par notre trois-mâts, au vent de ses voiles. Déjà plus de 10.000 milles effectués depuis le départ de France, soit près d&#8217;un demi-tour du monde. Nous avons fêté l&#8217;évènement il y a deux jours, selon les traditions du bord, par une tournée générale de rhum sur le pont central, au pied du grand mât&#8230;<br />
    Encore quelques heures de navigation et nous entrerons dans le petit port de Horta. Je me dis déjà que cette traversée a été heureuse. Et chanceuse dans cette période de cyclones. Nous sommes passés juste devant ceux qui menaçaient la mer des Caraïbes. Et les humeurs du vent n&#8217;ont pas été si menaçantes que cela. Par conséquent et selon la bonne vieille formule : tout va bien à bord.<br />
    Je regarde l&#8217;île approcher et n&#8217;ai guère envie d&#8217;arriver. Je resterai bien encore en mer des semaines ou des mois. Beaucoup de gens à terre nous demandent souvent si l&#8217;on ne s&#8217;ennuie pas à mourir dans ces longues traversées océaniques où, semble-t-il, rien ne se passe et où l&#8217;on reste enfermé dans un espace confiné au milieu de nulle part, dans le spectacle toujours identique de la mer. C&#8217;est tout l&#8217;inverse, naturellement. En mer, sur un navire &#8211; et davantage encore sur un grand voilier traditionnel -, le temps s&#8217;arrête en réalité. Plus exactement, il semble comme suspendu entre ciel et terre, mis entre parenthèse en quelque sorte. A un point tel que très vite il faut consulter le journal de bord si l&#8217;on veut connaître la date du jour où l&#8217;on est&#8230; Ce temps qui semble ne plus plus exister est en adéquation parfaite avec la vie du bord, rigoureusement réglée, rythmée par les quarts et une multitude d&#8217;activités dédiées avant tout à l&#8217;existence du navire &#8211; puisqu&#8217;un équipage fait d&#8217;abord corps avec son navire et pense d&#8217;abord à lui en toutes circonstances&#8230; Les temps de repos sont donc rares;  il y a toujours beaucoup à faire entre l&#8217;entretien du gréement, les réparations inévitables, les manœuvres de voiles, les exercices de sécurité et les astreintes de la vie quotidienne. Mais surtout, au milieu de l&#8217;océan &#8211; là où la mer n&#8217;est jamais semblable à elle-même pour qui sait voir &#8211; on se trouve réellement hors d&#8217;atteinte des petites choses du monde des hommes, définitivement immergé dans un univers commandé par les seules lois de la nature. Qui ne rêverait d&#8217;un tel lieu ?<br />
    Sans doute faut-il aimer la vie monacale pour entrer en harmonie avec ce rythme du temps et ces lois de la nature. Et aimer autant l&#8217;action que la contemplation. Mais alors, la sérénité qu&#8217;on en retire est irremplaçable.<br />
    Alors, pourquoi arriver ?</p>
<p>Patrice Franceschi<br />
Capitaine du trois-mâts <em>La Boudeuse</em></p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 4</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Aug 2010 08:06:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>.</dc:creator>
				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Atlantique nord, 450 milles dans l'ouest-nord-ouest des Açores, 
le vendredi13 août 2010. 

3h45 du matin: comme chaque jour, bien avant que le soleil ne se lève, je me prépare à prendre mon quart sur la dunette. Le silence est presque parfait à cette heure de la nuit où tout le monde dort à bord à l'exception des trois hommes du quart descendant qui viennent de mener le navire pendant quatre heures, et des trois hommes du quart montant, dont je suis, et qui s'apprêtent à les relever. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em><br />
Atlantique nord, 450 milles dans l&#8217;ouest-nord-ouest des Açores<br />
le vendredi13 août 2010</p>
<p>3h45 du matin: comme chaque jour, bien avant que le soleil ne se lève, je me prépare à prendre mon quart sur la dunette. Le silence est presque parfait à cette heure de la nuit où tout le monde dort à bord à l&#8217;exception des trois hommes du quart descendant qui viennent de mener le navire pendant quatre heures, et des trois hommes du quart montant, dont je suis, et qui s&#8217;apprêtent à les relever. Pour ce quart -celui de quatre à huit, l&#8217;un des plus beaux à mes yeux puisqu&#8217;il offre la montée du jour et de la lumière -, j&#8217;ai pris avec moi depuis les Bermudes le quartier maître chef Marc Bernadas, gabier, et le maître Gérald Musereau, lieutenant mécanicien, tous deux appartenant au détachement de la marine nationale affecté à bord de <em>La Boudeuse</em> depuis plus d&#8217;un an.<br />
    L&#8217;obscurité à cette heure de la nuit est totale, sans la moindre clarté de lune. Mais je devine tout autour de nous les lourds nuages qui masquent l&#8217;ensemble des étoiles. Nous avalons rapidement un café chaud dans la cuisine et rejoignons nos postes à tâtons: coursives, escaliers, pont, nous connaissons le chemin par cœur. Nous voici enfin sur la dunette, tout à l&#8217;arrière du navire, là où se trouve la barre à roue et la timonerie, poste de commandement du navire. D&#8217;un seul coup, il se mets à pleuvoir avec violence. Huit jours que nous n&#8217;avions pas vu un tel déluge. C&#8217;est à peine si l&#8217;on entrevoit l&#8217;avant du navire. Nous enfilons nos cirés à tâtons, serrons les capuches qui dégoulinent d&#8217;eau. Puis, le premier lieutenant Damien Guilbert,  entouré de ses hommes, Yannick Calligari, matelot, et Paul Le Cann, Bosco, me transmets les informations de son quart : plan de voilure, météo prévisionnelle, état du vent et de la mer, résultat des rondes machines, situation radar, évènements particuliers, rien ne doit être oublier dans ces passations de consignes.<br />
    A quatre heures exactement tombe la première formule rituelle qui scande les changements de quart sur un trois-mâts traditionnel &#8211; aussi rituelle que la cloche piquée à chaque repas, chaque briefing, chaque manœuvre : &laquo;&nbsp;Messieurs, il est quatre heures, changement de quart. A vous le soin&nbsp;&raquo;, à laquelle je réponds par la non moins traditionnelle formule : &laquo;&nbsp;Merci messieurs, à vous le repos&nbsp;&raquo;. Et notre travail commence. Un travail à nul autre pareil puisque nous sommes en même temps les sentinelles de nos camarades endormis.<br />
    Question météo, tout va mieux aujourd&#8217;hui. Dans la soirée d&#8217;hier, nous avons commencé à échapper à la &laquo;&nbsp;bulle&nbsp;&raquo; de calme plat crée par l&#8217;anticyclone des Açores et qui nous ralentissait depuis deux jours. Le vent s&#8217;est mis à forcir, venant au sud-est, presque par le travers de notre route. Les gabiers sont grimpés dans la mâture et nous avons envoyé toute la toile possible des 700 m² de nos 13 voiles. <em>La Boudeuse</em> a bondi d&#8217;un coup sur l&#8217;océan.<br />
    A 6h, le soleil se lève, légèrement sur notre gauche, dans une lumière rousse presque irréelle, surgissant lentement de la mer. La pluie cesse d&#8217;un coup, le vent fraîchit encore. Personne ne parle sur la dunette et je n&#8217;entends plus que le choc sourd des vagues contre la coque, le sifflement du vent dans les haubans, le chuintement de la mer qui commence à rouler sur le pont avec l&#8217;accentuation de notre gîte.<br />
    Un coup d&#8217;œil au loch général : plus que 450 milles avant l&#8217;île de Faial dans les Açores où nous allons faire escale. Encore trois jours et nous y serons. Ensuite, il ne restera plus que 1.200 milles pour la France &#8211; environs 2.000 kms. Une semaine de mer si tout va bien. Nous devrions être chez nous dans les derniers jours d&#8217;août. Nous avons quitté La Martinique le 19 juillet.<br />
     Un dernier élément annonce mieux que tout la proximité du but: le décalage horaire. Nous avons bien avancé depuis quatre jours et il est temps de remettre les montres à l&#8217;heure. Je descends à la salle des cartes, ouvre le journal de bord. En haut à gauche, j&#8217;écris comme il est d&#8217;usage : &laquo;&nbsp;Changement d&#8217;heure. A midi, mettre toutes les horloges du bord à 13h. Plus que trois heures de décalage avec la France.&nbsp;&raquo;</p>
<p>    Patrice Franceschi<br />
Capitaine du trois-mâts <em>La Boudeuse</em></p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 3</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Aug 2010 19:33:34 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Atlantique nord, 700 milles dans l'ouest des Açores, 
le 11 août 2010.  

    Cette fois, ça y est... Nous avons butté hier sur la "bulle" du fameux anticyclone des Açores, grand faiseur de calmes plats - comme on disait autrefois de la mer qu'elle était une "faiseuse de veuves" - et de temps trop beau pour un voilier... [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em><br />
Atlantique nord, 700 milles dans l&#8217;ouest des Açores<br />
le 11 août 2010</p>
<p>    Cette fois, ça y est&#8230; Nous avons butté hier sur la &laquo;&nbsp;bulle&nbsp;&raquo; du fameux anticyclone des Açores, grand faiseur de calmes plats &#8211; comme on disait autrefois de la mer qu&#8217;elle était une &laquo;&nbsp;faiseuse de veuves&nbsp;&raquo; &#8211; et de temps trop beau pour un voilier&#8230; Contre toute attente par rapport à ses habitudes, cet anticyclone qui fait l&#8217;ordinaire des bulletins météo télévisés, est remonté pratiquement jusqu&#8217;au 40ème parallèle, à notre hauteur. Il n&#8217;en fallait pas plus pour casser notre élan&#8230; En moins de 24 heures tous les nuages ont disparu du ciel &#8211; transformant la nuit suivante en un tourbillon vertigineux d&#8217;étoiles -, le baromètre est remonté en flèche jusqu&#8217;à 1015 hp et le vent a viré vers le sud-est tout en mollissant à la grande tristesse de l&#8217;équipage. Plus d&#8217;autre choix que d&#8217;appuyer au moteur pour ne pas rester encalminé des jours entiers&#8230;<br />
     Nous poursuivons donc notre route sous un ciel saharien qui brûle nos voiles, surchauffe le pont, et nous assomme de chaleur de l&#8217;aube au coucher du soleil. Je ne sais si ce changement météorologique en est la cause, mais au même moment, les baleines sont devenues notre spectacle quotidien. A tout instant nous entendons le souffle rauque de leurs remontés en surface, suivis du jet d&#8217;eau qu&#8217;elles projettent vers le ciel. Alors apparaît leurs dos ronds et sombres, à la fois mystérieux et inquiétant, qui s&#8217;en retournent très vite vers les profondeurs. Du haut du mât de hune, à trente mètres au-dessus du pont, là où la rotondité de la terre prend toute sa force visuelle, ces baleines forment un ballet impressionnant par la force tranquille qui en émane. Il n&#8217;y a pas si longtemps, les baleines de cette région étaient encore chassées de manière traditionnelles &#8211; au harpon et sur des barques à fonds plats &#8211; par les hommes peuplant l&#8217;archipel des Açores vers lequel nous nous dirigeons sur notre route vers la France. Une chasse périlleuse et mythique dont le Moby Dick de Melville forme l&#8217;apogée littéraire. Ces dernières années, les baleines se raréfiaient dangereusement. Alors, les hommes des Açores, qui sont des portugais, des européens, ont appliqués sans trop d&#8217;état d&#8217;âme identitaire les lois internationales de protection des cétacés. Moyennant quoi, les baleines sont aujourd&#8217;hui tout autour de nous, majestueuses et libres.<br />
    Mais la mer nous offre d&#8217;autres spectacles ces temps-ci. Il y a bien sûr celui, classique, des hordes de dauphins qui viennent régulièrement jouer avec nous et qu&#8217;il suffit d&#8217;appeler en frappant la coque à coups répétés du plat de la main. Mais il y a désormais celui, étonnant, de tortues solitaires que nous croisons parfois dans des éclaboussures d&#8217;écume. Le contraste formé par ces modestes tortues et les immensités sans fins dans lesquelles elles évoluent toutes seules, une par une, pataudes, battant inlassablement de leurs pattes les vagues de l&#8217;océan, comme entêtées, venant on ne sait d&#8217;où et s&#8217;en allant dieu sait où, laisse réellement songeur quant aux intentions de la nature où la raison d&#8217;être de tant de vains efforts&#8230; Et quand d&#8217;aventure, l&#8217;une de ces tortues rencontre le chemin d&#8217;une baleine &#8211; face-à-face prodigieux du nain et du géant &#8211; ce sentiment se renforce de l&#8217;évidence d&#8217;une forme d&#8217;injustice de la nature qui a donné à l&#8217;une aisance et force, laissant à l&#8217;autre les miettes de cette aisance et de cette force&#8230;<br />
    Nous assistons aussi à la disparition graduelle des amas d&#8217;algues flottantes qui parsemaient jusqu&#8217;alors notre route et que notre étrave fendait sans peine. De couleur ocre, peu épaisses, composées d&#8217;unités pas plus grosse qu&#8217;une assiette, s&#8217;amalgamant entre elles, ces algues qui semblent naître de nulle part étonnèrent tant les premiers navigateurs qu&#8217;ils baptisèrent cette région de l&#8217;océan &laquo;&nbsp;mer des sargasses&nbsp;&raquo;: encore un nom qui renvoie aux légendes des grandes découvertes maritimes et aux flibustiers qui hantaient ces parages au XVIIIe siècle, en embuscade des galions espagnols chargés d&#8217;or qui s&#8217;en revenaient du nouveau monde.<br />
    Devant nous, il n&#8217;y a plus de galions mais notre trois-mâts traditionnel, par ses formes élancées, sa coque noire aux lignes de sabords blancs et les treize voiles de son gréement, est une forme de rappel des frégates corsaires qui poursuivaient ici-même les navires espagnols&#8230; De ce temps-là, il ne reste rien mais nous pouvons l&#8217;imaginer sans trop de peine rien qu&#8217;en écoutant la &laquo;&nbsp;symphonie de <em>La Boudeuse</em>&laquo;&nbsp;, debout sur la dunette, près de la barre à roue : bruit soyeux du vent dans les voiles, couinement des poulies dans la mâture, claquement des cordages contre les mâts et les haubans, grincement de toutes les pièces de bois, chuintement de l&#8217;eau filant le long de la coque, et tant d&#8217;autres sons encore&#8230; Puisque de tout temps les grands voiliers ont chanté sur la mer&#8230;</p>
<p>    Patrice Franceschi<br />
Capitaine du trois-mâts <em>La Boudeuse</em></p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 2</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Aug 2010 17:11:36 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[ Atlantique nord, 990 milles dans l'ouest des Açores
le 9 août 2010.  Comme nous l'avions espéré, le cyclone en formation derrière nous, juste au niveau des Bermudes - que nous avons quitté il y a six jours - diminue peu à peu en intensité; et sa trajectoire ne peut plus interférer avec notre route, sauf malchance de dernière minute, mais improbable à ce stade. A bord, nous avons pu lever l'état de préalerte[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em><br />
Atlantique nord, 990 milles dans l&#8217;ouest des Açores<br />
le 9 août 2010</p>
<p>    Comme nous l&#8217;avions espéré, le cyclone en formation derrière nous, juste au niveau des Bermudes &#8211; que nous avons quitté il y a six jours &#8211; diminue peu à peu en intensité; et sa trajectoire ne peut plus interférer avec notre route, sauf malchance de dernière minute, mais improbable à ce stade. A bord, nous avons pu lever l&#8217;état de préalerte qui consiste à préparer le navire à son affrontement avec les forces de la nature quand celles-ci menacent de se déchaîner : fermeture des tapes d&#8217;acier de tous les hublots, raidissage du gréement, réduction du plan de voilure, préparation de l&#8217;étanchéité totale du bateau, amarrage de tout ce qui peut bouger, etc. Mais dans un paradoxe qui n&#8217;appartient qu&#8217;à elle, la nature, tandis qu&#8217;elle construisait une tempête derrière nous, à l&#8217;ouest, nous préparait en même temps, devant nous, à l&#8217;est, une surprise exactement inverse: la chute brutale du vent&#8230;  En effet, le fameux anticyclone des Açores, jusque là tranquillement installé au sud du 35ème parallèle, s&#8217;est mis à remonter brusquement vers le nord pour croiser notre chemin. Et un anticyclone, c&#8217;est, comme le suggère le mot, l&#8217;inverse d&#8217;un cyclone&#8230; Bref, nous voilà pris, pour ainsi dire, entre deux feux&#8230;<br />
    Mener un trois-mâts dans cette région de l&#8217;Atlantique n&#8217;est décidément pas une sinécure en cette saison de l&#8217;année&#8230;<br />
   Pour ne pas tomber dans les calmes plats qui nous guettent désormais, nous avons pris la décision hier soir de quitter la route directe des Açores pour remonter à 45 degré vers le 40ème parallèle. Dans ces parages, nous devrions avoir quelque chance de trouver des vents favorable de secteur ouest. Dans le cas contraire, nous allons rester encalminés au beau milieu de l&#8217;océan jusqu&#8217;à ce que l&#8217;anticyclone daigne redescendre à sa place. Dans le meilleur des cas notre chemin sera rallongé d&#8217;un jour ou deux, au moins ; De toute manière, il n&#8217;y a pas d&#8217;autre choix de navigation pour un voilier. Mais à vrai dire, et d&#8217;un point de vue strictement humain cette fois, chacun à bord s&#8217;en réjouit secrètement. Car je crois bien qu&#8217;aucun d&#8217;entre nous n&#8217;a réellement envie de rentrer, tant le bonheur de vivre en mer est fort et puissant. Et puis, chacun se dit aussi &#8211; mais personne n&#8217;en parle &#8211; que ce sont peut-être nos dernières semaines de vie avec <em>La Boudeuse </em>puisque ses jours sont sans doute comptés compte tenu des circonstances financières qui sont les siennes.<br />
    Quoi qu&#8217;il en soit de toutes ces considérations, nous avançons vers la France et les jours se ressemblent sans jamais être semblables, sensation pour le moins contradictoire mais bien réelle pour celui qui les vit. De toute manière, toutes ces journées sont unifiées par la vision magique de notre grand voilier fendant la mer avec une souplesse admirable, loin de tout, dans un vide absolu, parfaite image de liberté à nos yeux. Comme le temps est demeuré au beau depuis une semaine, sans la moindre goutte de pluie, ces journées sont, de surcroît, splendides, et la voute des étoiles, la nuit, d&#8217;une grandeur vertigineuse, comme elle ne peut l&#8217;être que sur la mer et dans le désert.<br />
    Mais en vérité nous ne sommes pas seuls dans les immensités liquides qui nous environnent de toute part. Il y a d&#8217;abord les poissons volants que l&#8217;on ramasse chaque matin sur le pont, froids et gluants, leurs nageoires raides, morts d&#8217;avoir malencontreusement croisé notre route dans leurs vols hors de l&#8217;eau. Et puis, il y a les poissons plus gros&#8230; A l&#8217;heure du dîner hier, peut avant le coucher du soleil, une énorme baleine a ainsi surgit de la mer dans un bouillonnement d&#8217;écume impressionnant, soufflant son jet d&#8217;eau au-dessus de la tête, tournant son regard vers nous. Le temps que la vigie donne l&#8217;alerte en hurlant : &laquo;&nbsp;baleine par le travers bâbord !&nbsp;&raquo;, et que nous surgissions du carré salle à manger, le cétacé, replongeait sans hâte, passait sous notre coque en silence et ressurgissait sur l&#8217;autre bord pour s&#8217;éloigner définitivement, sa curiosité sans doute satisfaite, nous laissant au cœur une image de puissance et de majesté. Quelques minutes plus tard, des myriades de dauphins remplaçait la baleine, jouant devant l&#8217;étrave, dans un spectacle plus commun mais dont on ne se lasse jamais en fin de compte. Et puis, surprise ce matin : une fois tous les poissons disparus, c&#8217;est un oiseau qui a surgit d&#8217;absolument nulle part. Personne n&#8217;a pu mettre un nom sur l&#8217;espèce à laquelle il appartenait mais chacun a pu constater l&#8217;état d&#8217;extrême épuisement dans lequel il se trouvait. Evidemment, la terre la plus proche &#8211; les Bermudes &#8211; se trouve à près de 1.500 kilomètres&#8230; L&#8217;oiseau, pas plus gros qu&#8217;un moineau, s&#8217;est posé sur l&#8217;un des coffres du bosco, paraissant tout près de s&#8217;évanouir. L&#8217;un des matelots lui a apporté une coupelle d&#8217;eau douce et il a bu avidement avant de sembler vouloir reprendre quelque force, la poitrine haletante sous ses plumes, incapable dans son état de s&#8217;effrayer de notre présence. D&#8217;où  pouvait-il bien venir ? Et où allait-il ainsi, seul et solitaire ? Le quartier-maître chef Marc Bernadas, gabier à bord et plus jeune membre de l&#8217;équipage, finit par réussir à caresser la tête de cet oiseau téméraire qui se laissait faire, totalement immobile, les yeux fixés sur l&#8217;horizon. Dans l&#8217;après-midi, notre nouveau passager semblait remis sur pied et bien décidé à poursuivre sa route, quelle qu&#8217;elle soit. Mais sans doute avait-il présumé de ses forces comme le font tant d&#8217;humains. A moins que le destin ne nous l&#8217;ait envoyé que pour nous rappeler combien la vie est brutale et cruelle. Toujours est-il, qu&#8217;à peine envolé du coffre, il peinait à s&#8217;élever, heurtait la rambarde de la lisse et basculait aussitôt dans la mer pour ne plus réapparaître.</p>
<p>    Patrice Franceschi<br />
Capitaine du trois-mâts <em>La Boudeuse</em></p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>Le retour de La Boudeuse Episode 1</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Aug 2010 17:21:09 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Mer des Sargasses, Atlantique nord,
le 7 août 2010. 

    Pour un équipage et son capitaine, ramener un grand trois-mât à son port d'attache est depuis toujours l'ultime point culminant de l'histoire qu'ils ont vécu charnellement avec leur navire. Parvenu au port, tout est dit, à commencer par le succès de leur entreprise, puisque, au moins, les voilà tous rentrés sains et sauf chez eux. Revenir avant terme, en revanche, qu'elle qu'en soit la raison, est toujours une frustration. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A bord du trois-mâts <em>La Boudeuse</em><br />
Mer des Sargasses, Atlantique nord<br />
le 7 août 2010</p>
<p>    Pour un équipage et son capitaine, ramener un grand trois-mât à son port d&#8217;attache est depuis toujours l&#8217;ultime point culminant de l&#8217;histoire qu&#8217;ils ont vécu charnellement avec leur navire. Parvenu au port, tout est dit, à commencer par le succès de leur entreprise, puisque, au moins, les voilà tous rentrés sains et sauf chez eux. Revenir avant terme, en revanche, qu&#8217;elle qu&#8217;en soit la raison, est toujours une frustration. Surtout quand le navire est au mieux de ses possibilités et l&#8217;équipage aguerris par des années de mer et d&#8217;expéditions sur tous les continents.<br />
    Depuis notre départ de La Martinique le 19 juillet pour regagner la France, <em>La Boudeuse</em> vit dans cette frustration de n&#8217;avoir pu continuer sa mission nationale faute des financements attendus et promis par ceux-là même qui lui avaient confié cette mission. Chacun connaît l&#8217;histoire maintenant. Voilà bien une aventure inutilement stoppée en pleine ascension après des mois d&#8217;expéditions scientifiques réussies en Amazonie française, et alors même que nous allions poursuivre cette aventure en remontant le grand fleuve Orénoque au Vénézuela. Mais ainsi vont les choses dans la modernité d&#8217;aujourd&#8217;hui&#8230;<br />
    En attendant de reconstruire ce qui a été détruit (sauver le navire d&#8217;une vente forcée, retrouver des financements, d&#8217;autres objectifs sans doute), il faut bien rentrer. Et même une simple traversée de l&#8217;Atlantique, du nouveau monde à l&#8217;ancien, n&#8217;est jamais une partie gagnée d&#8217;avance: 4.200 milles à parcourir (8.000 kilomètres environ) par la route des vents favorables qui passe très au nord par les Bermudes et les Acores, ce n&#8217;est pas rien. Surtout en équipage réduit car il faut bien diminuer au maximum les coûts de ce retour dans les circonstances qui sont les nôtres: 10 hommes au lieu des 26 quand nous sommes au complet. On ne chôme pas à bord en ce moment entre les manœuvres et les quarts&#8230;<br />
    Quoi qu&#8217;il en soit, l&#8217;île des Bermudes a été atteinte le 28 juillet dans l&#8217;après-midi après 1.200 milles difficiles depuis les Antilles, faute d&#8217;une météo favorable&#8230; Les Bermudes&#8230; En vérité, la Suisse tropicale de l&#8217;Atlantique nord. Ce minuscule territoire, très policé, dépendant de la couronne Britannique, est un exemple emblématique de l&#8217;harmonie qui peut régner entre une place financière opulente basée sur l&#8217;assurance et la réassurance et des plages de sable blanc saturées de soleil dans des eaux couleurs de lagon : un condensé de paradis artificiel qui ne sait produire que de l&#8217;argent, et cela au milieu de nulle part, en plein océan, par un de ces mystères de la modernité qui a de quoi laisser perplexe. Mais, naturellement, nous n&#8217;avons guère eu l&#8217;occasion de profiter de ce paradis&#8230; Le temps de ravitailler, d&#8217;effectuer quelques travaux d&#8217;entretien, et le 2 août, nous avons quitté le petit port de Saint Georges au nord de l&#8217;île par l&#8217;étroite passe qui mène à la mer des Sargasses. Direction désormais l&#8217;archipel des Acores à 1.800 milles dans l&#8217;est-nord-est. Deux semaines de navigation probablement. Tout dépendra des vents que nous sommes allés chercher très vite dans le nord-est, vers le 40ème parallèle, là où ils peuvent être favorables, venant du secteur ouest. Sinon, en prenant la route directe, il y a fort à parier que le fameux anticyclone des Acores aurait freiné notre route par les calmes plats qu&#8217;il produit autour de lui.<br />
    Sans le savoir, nous avons quitté les Bermudes au bon moment. Car depuis deux jours le territoire est en alerte cyclonique&#8230; En voyant tomber le message sur l&#8217;écran du &laquo;&nbsp;standard C&nbsp;&raquo; qui nous relie aux prévisions météo par satellite, nous nous sommes tous dit à bord que la chance était vraiment avec nous. Les vents approchent déjà les 100 km/h. Et ce n&#8217;est pas finis&#8230; Depuis 48 heures, nous surveillons toutes les six heures sur la carte la progression de l&#8217;ouragan. Pour l&#8217;instant, il devrait frôler les Bermudes par le sud et probablement suivre ensuite une trajectoire parabolique vers le nord-est. Elle enveloppera notre route mais à 300 milles de distance probablement. Nous devrions être à peu près hors de porté. Au pire, nous serons dans la queue du cyclone dans trois ou quatre jours. Rien de trop sérieux.<br />
     En attendant, nous rentrons donc chez nous avec un sentiment d&#8217;inachevé. Pour autant,  il ne faudrait pas nous croire triste, malheureux ou abattus à bord de <em>La Boudeuse</em>. Bien au contraire. La victimisation n&#8217;est pas notre fort et au sein de l&#8217;équipage le moral reste d&#8217;acier comme depuis le début de la &laquo;&nbsp;crise&nbsp;&raquo; le 2 juin, lorsque nous étions encore dans le port de Caracas et qu&#8217;il fallait bien annoncer la fin de la mission faute des moyens financiers attendus. Une seule pensée habite nos têtes depuis ce jour : par quel moyen allons-nous sauver le navire et lui donner de nouveaux objectifs, lui procurer de nouveaux défis ? Pour le reste, il y a l&#8217;océan autour de nous et la plénitude qu&#8217;il procure. Malgré notre situation financière, on ne saurait dire le bonheur et la sérénité qui habite chaque membre de l&#8217;équipage dans le spectacle de cet horizon sans fin qui nous entoure, entre le soleil, les étoiles, la mer et le vent qui gonfle nos voiles. Sans plus rien des petites choses du monde quotidien.</p>
<p>   Patrice Franceschi<br />
Capitaine du trois-mâts <em>La Boudeuse</em></p>
<p>NB: Si vous souhaitez participer à la souscription nationale qui pourrait permettre la renaissance du navire et la reprise des missions, rendez-vous sur <a href="http://www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/"target="_blank">souscription www.sauvonslaboudeuse.fr/promesse-don/</a> </p>
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		<title>LE DERNIER MOT DU CAPITAINE</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Jun 2010 04:36:05 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[LE DERNIER MOT DU CAPITAINE :  A nos ami(e)s,     

	Vous avez pu lire dans l'actualité de ce site le communiqué de presse annonçant la fin de la mission TERRE-OCEAN et la vente de <em>La Boudeuse</em> devenue inéluctable sous la pression de l'endettement et des créanciers. Vous avez droit à quelques explications complémentaires. Les voici: [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>	A nos ami(e)s,</p>
<p>	Vous avez pu lire dans l&#8217;actualité de ce site le communiqué de presse annonçant la fin de la mission TERRE-OCEAN et la vente de <em>La Boudeuse</em> devenue inéluctable sous la pression de l&#8217;endettement et des créanciers. Vous avez droit à quelques explications complémentaires. Les voici:<br />
	Malgré la participation des entreprises et institutions dont la liste est présente sur ce site internet, il n&#8217;a jamais été possible de réunir la totalité du budget de l&#8217;opération, pourtant réduit à son strict minimum: 1M€ par an une fois payés les frais de la préparation du navire et de l&#8217;expédition elle-même. En conséquence de quoi, au moment de l&#8217;arrivée de <em>La Boudeuse</em> en Amérique du Sud fin décembre 2009, les moyens financiers disponibles étaient déjà épuisés.<br />
	A ce moment-là, entre abandonner la mission faute de moyens ou prendre le risque d&#8217;un endettement pour la continuer, nous avons opté pour ce dernier choix, espérant que cet ultra-volontarisme doublé de la réussite de la mission sur le terrain forcerait le destin et permettrait de trouver les fonds nécessaires. Après cinq mois d&#8217;endettement et en dépit du succès des expéditions en Amazonie française, force est de constater qu&#8217;il n&#8217;en a rien été malgré des efforts déployés tous azimuts. Sans doute l&#8217;époque n&#8217;est-elle plus à ce type d&#8217;engagement et au rêve désintéressé. La « crise » est aussi passée par là avec ses « restrictions budgétaires » et n&#8217;a, certes pas, contribué à dynamiser les esprits.<br />
	Quoi qu&#8217;il en soit, l&#8217;endettement immédiatement exigible avoisine les 400.000 euros et ne permet plus aucune marge de manoeuvre même si nous voulions prendre encore davantage de risques. Vous l&#8217;aurez compris, les mathématiques comptables, inexorables et implacables dans leur roide froideur, ont fini par nous rattraper et nous imposer leur joug. Mettre fin à la mission et vendre le navire n&#8217;est donc pas, d&#8217;une certaine manière, un choix mais une conséquence.<br />
	Je laisse à chacun d&#8217;entre vous le soin d&#8217;interpréter ce qui a été, ce qui est, et ce qui aurait dû être. Comme d&#8217;interpréter ce qui aurait pu être en d&#8217;autres temps ou d&#8217;autres lieux, avec d&#8217;autres hommes.<br />
	Puisque tout est dit désormais, je tiens à rendre un dernier hommage public aux hommes et femmes de mon équipage. Ils ont été plus d&#8217;une cinquantaine à n&#8217;avoir jamais démérité, bien au contraire. Malgré les vicissitudes et l&#8217;âpreté de notre combat, l&#8217;infortune et l&#8217;adversité inhérentes à toute aventure véritable, ils ont été à la hauteur de leur mission, et même au dessus, depuis les tempêtes du golfe de Gascogne jusqu&#8217;à la boue des marais d&#8217;Amazonie, forgeant encore davantage leur caractère dans les épreuves surmontées ensemble. Qu&#8217;ils en soient remerciés ici, et assurés en même temps qu&#8217;il y a toujours une part de victoire dans la défaite quand celle-ci n&#8217;a rien à voir avec la compétence ou la volonté, encore moins avec le courage ou le désintéressement. Si la providence le veut, nous nous retrouverons un jour pour d&#8217;autres engagements, d&#8217;autres aventures.<br />
	Je tiens également à exprimer mes remerciements les plus sincères à la <strong>M</strong>arine <strong>N</strong>ationale dont le soutien ne s&#8217;est jamais démenti et à la poignée d&#8217;hommes et de femmes qui ont accompagné l&#8217;existence de <em>La Boudeuse</em> jusqu&#8217;au bout. Ils avaient la tête épique et romanesque et se reconnaîtront sans peine.<br />
	Ma première préoccupation désormais va être d&#8217;une redoutable simplicité: tenter autant que faire se peut de trouver un acheteur qui conservera à <em>La Boudeuse</em> son pavillon français pour que ne se délite pas davantage encore le patrimoine maritime national déjà l&#8217;un des plus ténus d&#8217;Europe. <em>La Boudeuse</em> était l&#8217;un des très rares trois-mâts français encore existant et le seul au monde à naviguer sur toutes les mers du globe pour perpétuer l&#8217;esprit des grandes expéditions maritimes du « Siècle des Lumières ». Il exprimait aussi, disons-le, une forme de liberté. Nous aimerions qu&#8217;il conserve au moins une part de cette grandeur qui déserte nos sociétés. Sans doute s&#8217;agit-il d&#8217;un combat d&#8217;arrière-garde compte tenu de l&#8217;esprit du temps et de ce qui vient de se passer, mais ce combat sera mené.<br />
	Après quoi, tout continuera. Car, naturellement, et malgré le paradoxe, rien n&#8217;est terminé. J&#8217;entends par là que la perte de <em>La Boudeuse</em>, aussi triste soit-elle pour nous et tous ceux qui aiment la mer, ne marque pas une fin mais le début d&#8217;autre chose. Nous le lui devons bien.<br />
Alors, même si cet « autre chose » n&#8217;existe pas encore, il ne reste plus qu&#8217;à affirmer comme dans les romans populaires d&#8217;autrefois: « En avant pour de nouvelles aventures&#8230; »</p>
<p>					   <em>Patrice Franceschi,<br />
				Capitaine de La Boudeuse, 1er juin 2010</em></p>
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		<title>Journal de bord N° 016</title>
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		<pubDate>Tue, 25 May 2010 23:53:11 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Journal de bord]]></category>

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		<description><![CDATA[Journal de bord N° 16 
par Nathalie Franceschi, 
Scientifique.
 Extrait : [...] je me sens envahie par la chair de poule qui remonte de mes chevilles jusqu’à mon cuir chevelu. Loin, très loin semble-t-il, le plus incroyable son de la nuit enfle et se propage. Indescriptible, il reste pour moi le symbole même de ces nuits passées en jungle. Je reste longtemps ainsi, immobile et les yeux grands ouverts, tendue vers ce cri. Cette nuit, j’ai entendu les singes hurleurs…[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Journal de bord N° 16<br />
par Nathalie Franceschi<br />
Scientifique<br />
Retour en Guyane, mars 2010</p>
<p>Instantanés guyanais</p>
<p>Relativité</p>
<p>La pirogue file sur l’eau aussi lisse qu’un miroir et qu’elle est seule à troubler. Il fait nuit. Sans le bruit du moteur, ce moment serait parfait. Les berges sombres défilent de chaque côté et le ciel, immobile au-dessus de nos têtes, semble être là pour nous rappeler la relativité de toute chose. Je m’allonge, le nez au ciel et les yeux dans les étoiles. Si je mets mes mains autour de mes yeux, comme des jumelles, j’occulte tout ce qui n’est pas le ciel, je suis seule et alors tout devient immobile. L’eau est si calme que la pirogue ne bouge presque pas, et il suffit de très peu de concentration pour m’imaginer étendue sur une plage, une terrasse ou n’importe où ailleurs sur la terre ferme.<br />
C’est très étrange cette sensation d’être immobile alors qu’on avance à plusieurs dizaines de kilomètres à l’heure… Mais là-haut les étoiles et la lune sont impassibles, aussi fixes à mes yeux qu’elles sont mobiles dans l’univers&#8230;</p>
<p>Sonorités nocturnes</p>
<p>La nuit est sombre. A travers la moustiquaire de mon hamac, je ne distingue même pas la bâche qui me protège de la pluie tombant paresseusement à travers les arbres. Les yeux fermés, j’emplis mes oreilles de tous les sons de cette nuit en forêt. Quelque part derrière moi des crapauds conversent bruyamment, faisant concurrence aux ronflements qui me parviennent du hamac voisin. Les feuilles murmurent sous la caresse du vent, tandis que la petite pluie, soudain, se transforme en trombes d’eau vrombissantes. Le bruit en est presque assourdissant et je savoure ce moment, bien au sec sous le grain tropical. Le calme revient presque aussi soudainement qu’il a cessé, et les crapauds reprennent leurs droits. Et tout à coup, le son que j’espérais… Il commence comme un souffle de vent lointain, puissant. Je reste aux aguets, attendant la suite. Seule au milieu de la jungle vivante, au milieu de mes camarades endormis, je me sens envahie par la chair de poule qui remonte de mes chevilles jusqu’à mon cuir chevelu. Loin, très loin semble-t-il, le plus incroyable son de la nuit enfle et se propage. Indescriptible, il reste pour moi le symbole même de ces nuits passées en jungle. Je reste longtemps ainsi, immobile et les yeux grands ouverts, tendue vers ce cri. Cette nuit, j’ai entendu les singes hurleurs…</p>
<p>Silence </p>
<p>Nous rentrons de mission. Plusieurs jours à partager la vie d’orpailleurs illégaux. Ce retour de nuit, forcé d’ailleurs car il nous a fallu attendre la marée, est l’un des moments les plus magiques qu’il m’ait été donné de vivre ici.<br />
Avant d’arriver sur le fleuve que nous remontons à présent, il a fallu sortir de la crique qui menait à la piste conduisant au camp illégal. Dès que la marée montante eut apporté suffisamment d’eau pour permettre à notre pirogue bien chargée &#8211; dix hommes et femmes et leur matériel &#8211; de repartir, nous avons tenté notre chance dans la nuit noire. Impossible de mettre le moteur en route, nous avançons donc à la pagaie. Et magique est le seul mot qui me vient à l’esprit. Dans le silence de la forêt endormie nous glissons sur l’eau, sans heurts et sans bruit. Jamais l’homme n’a autant fait partie de la nature que de cette façon là, avançant à la force des bras au milieu de cette jungle qui lui laisse à peine la place de passer et de se faufiler entre les troncs. Les gigantesques contreforts des troncs de la forêt inondée surgissent brusquement de l’obscurité, fantomatiques, majestueux, et se succèdent sans fin. Dans le noir, les sens s’aiguisent, les yeux fouillent l’obscurité à la recherche d’yeux brillants, le moindre son est entendu et décrypté. Pas de caïman, dommage… Des odeurs nous assaillent, odeurs de forêt, de mangrove et de chair en décomposition. Pas de doute, des cadavres flottent sous cette eau noire…<br />
Je tente de graver ce moment dans ma mémoire, dans mon corps même. Ne pas oublier. Ne pas oublier ces moments précieux, uniques et que nous avons la chance de pouvoir vivre ainsi. Saisir le plaisir au vol, savoir profiter de ces choses aussi simples que le vent sur son visage, la chaleur du soleil sur son dos ou la solitude silencieuse d’une nuit au large…</p>
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