29
mar
2010
02:03 Par .
Texte d’Etienne Gernez
Lettre à ma banquière, Madame Florence Toinon, agence BNP Paribas du Cours des 50 Otages, Nantes.
Chère madame Toinon,
Après 2 heures de route passées a serpenter à travers la foret et 2 heures de plus en pirogue entre la Guyane et le Brésil, j’ai rejoint grâce à vous La Boudeuse. Cela fait maintenant cinq jours que je suis parmi son équipage, et j’ai complètement perdu la notion du temps. Peut importe quel jour on est, du moment que l’on est à l’heure pour le briefing journalier du capitaine, Patrice Franceschi.
Aujourd’hui, branle-bas à 5h15 et « décollage » à 5h30 du mouillage des îles du Salut, cap vers le port de Pariacabo, Kourou. Hier, journée à la voile, participant aux manoeuvres, admirant les gabiers grimpant dans la mature. La discussion révèle la richesse des ressources de l’équipage: piloter un avion, tisser un hamac en filet de pêche, méditer pour canaliser son énergie, construire un bateau en bois, réparer des ordinateurs, voyager en kayak, et bien sûr, aimer les bons mots:
Jean Marc Leforestier, Second Capitaine, nous explique comment réagir à une alerte: « De la panique viendrait le danger !»; Mickäel Nommay, Second Mécanicien, perché dans le Grand Mât : «J’entends comme du vent dans mes oreilles… »
Le jour d’avant s’est passé à Ouanary, village à l’embouchure du fleuve Oyapock abritant 64 Guyanais, et au moins le double de Brésiliens. Les subventions de l’Etat font vivre les uns, qui tolèrent les autres en situation illégale.
Ma façon de garder les pieds sur terre au milieu de tant de découvertes, c’est de faire la vaisselle en admirant la vue sur l’Océan Atlantique par le hublot de la cuisine. Si l’aventure s’invite même pendant les tâches ménagères, alors la vie est belle.
Je vous salue cordialement et vous remercie encore de m’avoir aidé à gagner ce concours!
Texte de Mélanie Théodore
18 mars. La Boudeuse quitte l’embouchure de l’Oyapock pour rejoindre la base de Kourou. Elle a fière allure, voiles au vent. Sur le pont l’équipage s’agite. Il faut mollir l’écoute de grand voile, choquer la drisse d’artimon… Tout ce vocabulaire que je ne maîtrise pas ajoute au dépaysement. Il me semble que j’ai été projetée dans un roman d’aventure, tant les décors et les personnages qui m’entourent sont différents de ceux que je connais.
J’aime l’idée que l’on peut ainsi sauter dans un nouveau récit. Assise ce midi sur la vergue de misaine, je m’en repasse les chapitres.
Chapitre 1: La vie à bord de La Boudeuse
1er mars. Nous arrivons à Cayenne après 9h de vol. Un peu fatigués mais très excités, nous prenons la route du port et découvrons enfin La Boudeuse. Première impression très positive. La première impression en question s’appelle Sébastien Lemoine, second lieutenant du bord: il nous fait la visite du navire et nous explique les règles qui vont structurer notre quotidien dorénavant. C’est ainsi que nous prenons place parmi l’équipage. Cela signifie bien sûr certaines contraintes: faire la vaisselle, la cuisine, le ménage, les cuivres (un pur plaisir les cuivres!)… Mais c’est aussi apprendre quelque chose de nouveau chaque jour: tenir la barre, lire une carte marine, faire des surliures, lover un bout… Et de toutes ces petites choses qui rythmes les jours et nuits, la plus agréable, je trouve, est de prendre son quart la nuit, sous les étoiles…
Chapitre 2: Expédition à Ouanary
8 mars. Nouveau tableau. Treillis militaire, machette à la ceinture et rations de combat dans le sac (bien lourd), nous partons marcher dans la forêt guyanaise. Accompagnés de deux brésiliens qui connaissent bien le coin, nous suivons un layon pendant deux jours et nous bivouaquons près d’un ruisseau. Le décor est conforme à l’image populaire de la jungle: arbres sur-dimensionnés, lianes, et mygales! Je ne sais pas si c’est le décor, ou moi à l’intérieur, qui me semble le plus incroyable. Quelle chance j’avais de vivre ce genre d’aventures un jour? Alors forcement j’étais prête à re-signer…
Bientôt, je vais partir à bord du patrouilleur, l’Audacieuse, pour une mission de quelques jours de surveillance des pêches.
A suivre.
Texte de Xavier d’Aumale.
5 jours à vivre un rêve…
Bordé par le Brésil d’un côté et la France de l’autre, le fleuve Oyapock ne semble reconnaitre qu’un seul occupant, la jungle. Sa densité impose et je tente, alors que nous descendons le fleuve en pirogue pour rejoindre son embouchure, de discerner les multiples sensations qui m’habitent. Je ne peux m’empêcher de penser à la chance unique que j’ai de vivre cela. Je tente d’imprimer la beauté de cette nature qui ne discerne pas les frontières et très peu les hommes. A la vue de cette jungle, j’aimerais pouvoir descendre de pirogue pour la pénétrer, l’écouter, la sentir mais l’envie d’apercevoir La Boudeuse l’emporte très vite et je ne cesse de scruter l’horizon à la recherche du fameux navire d’expédition.
Après une bonne heure et demie, et alors que l’on sent de plus en plus l’air chaud de l’océan et que les vaguelettes se font plus importantes, le majestueux trois-mâts se dessine enfin. On le perçoit fier d’être mouillé dans cette eau marron riche en sédiments parvenus jusqu’ici par les pluies qui dévalent les collines de jungle guyanaise. Les premiers pas à bord sont magiques. Très vite, on découvre un navire qui vit, qui agit et qui respire l’aventure et la soif de découverte. Un peu comme un intrus parachuté, je tente de vite me fondre dans le décor. Le port de la marinière, les premières affectations aux tâches collectives, les échanges avec les membres de l’équipage, la participation au briefing du Capitaine, Patrice Franceschi, sont autant d’instruments utilisés pour entrer en harmonie avec le navire et son équipage.
Le lendemain, les premiers pas à terre dans le petit village reculé de Ouanary semblent surréalistes. Soixante âmes habitent ce village placé à flanc de colline et qui n’est relié à la ville la plus proche que par pirogue. Malgré cela, une agence postale occupe le chemin central ainsi que la mairie qui semble veiller au bon repos des habitants. Quelques pas et déjà des rencontres. Échanges d’abord brefs, peut-être empreints de surprise de voir débarquer un équipage, puis très vite on nous propose de nous guider pour une découverte de la jungle environnante dont les hommes semblent parvenir à l’apprivoiser via la chasse et l’agriculture.
Une nuit plus tard, le mot tant attendu est prononcé : appareillage. Je rêvais de naviguer toutes voiles au vent sur ce splendide navire et il semblerait que le vent m’ait entendu puisque le Capitaine annonce quelques douze heures de navigation. La participation aux manœuvres est tout simplement extraordinaire. C’est absolument fabuleux de sentir graduellement le bateau prendre de la vitesse alors que les voiles accueillent en leur sein un vent modéré mais suffisant pour fendre la mer à 10 noeuds. Mes premiers moments à la barre sont remplis d’excitation mais aussi de crainte de ne pas bien sentir le navire et décevoir notre si bienveillant Second Capitaine, Jean-Marc Leforestier. Je crois que je pourrais me suffire de ces heures superbes de navigation qui sont un véritable délice et l’accomplissement d’un rêve d’enfant mais il semblerait, à mon enchantement, que ce ne soit que le début de mon aventure sur La Boudeuse…
Texte d’Oriol Font Casaseca
Dans ma valise des grands souvenirs il y a tout d’abord la rencontre avec le bateau, après quelques heures de voiture et une descente en pirogue qui navigue entre deux murs de végétation arrosés par des instants de tempête, La Boudeuse apparaît calme derrière un coin, flottant sur l’eau brune.
Avant de monter j’avais en tête l’idée de partir tout de suite avec une machette entre mes dents à courir parmi les singes et les oiseaux exotiques, tout apprendre tout de suite, tout découvrir immédiatement.
Et voilà qu’après quelques jours intenses, les deux grands apprentissages que j’ai pour l’instant fait arrivent: Le premier concerne les règles particulières de l’aventure: chaque petite action dans un milieu comme l’eau ou la jungle engendre inévitablement de grands effets, et la manière d’agir dans cet environnement vient de l’expérience. Le deuxième est proche du premier: chaque personne compte dans le groupe, et pour que ça marche il faut respecter les rôles de chacun, on ne peut pas diriger un bateau si tout le groupe ne se coordonne pas pour faire l’effort nécessaire tous ensemble. Commencer une traversée depuis 6 heures du matin jusqu’à la nuit avec le mal de mer et se reposer seulement pour récupérer les forces indispensables pour pouvoir continuer n’est pas possible, si ce n’est grâce à la pensée que tout le groupe est aussi fatigué et qu’on ne peut pas l’abandonner.
Le projet de La Boudeuse est aussi une aventure adulte, car il assume les conséquences de ses actions, une grande équipe de personnes sur le bateau et à l’arrière qui rassemblent leurs efforts pour que ça bouge.
Et c’est aussi parce qu’il est adulte, que j’écris sur le pont du bateau au moment où mes copains sont en train de cheminer à travers la jungle, parce que le projet doit avancer à son propre pas et qu’il faut risquer le nécessaire pour être audacieux mais pas téméraire. L’aventure continue: briefing à 8 heures pour une nouvelle expédition.
Texte d’ Amandine Cami
Un voyage, des images…
Se sentir envahie et transcendée d’un frénétique enthousiasme en allant à la rencontre d’un rêve qui se concrétise. C’est en quelque sorte la sensation que j’ai éprouvé au fur et à mesure que nous avancions dans la pirogue de Gilbert, le créole du village de Ouarani, alors que nous nous dirigions vers l’embouchure du fleuve Oyapok.
Deux heures de voyage extraordinaire, depuis Saint Georges, à proximité de la mangrove et de la forêt d’émeraude impénétrable s’étendant à perte de vue sur les deux rives d’un fleuve « café au lait »; deux heures de navigation entrecoupées de quelques grains passagers, manifeste des caprices réguliers de la ligne d’équateur; deux heures pendant lesquelles nous descendions le fleuve Oyapok comme si nous remontions le temps pour rejoindre les Capitaines Cook et Bougainville, jusqu’à déboucher sur un spectacle époustouflant: les traits d’un majestueux trois mats, mouillé à l’embouchure de l’Oyapok se précisent…navire droit devant…enfin je la rencontrais: La Boudeuse.
Lorsque nous avons embarqué à bord, nous avons appris le départ précipité du Capitaine Franceschi pour une opération de récupération de ses équipes parties en expédition au cœur d’un site d’orpaillage illégal qui ont du interrompre précipitamment leurs travaux, du fait d’une imminente opération menées par les autorités locales sur cette zone, faisant suite notamment à de récents actes de piraterie mais également, pour lutter contre cette activité souterraine en Guyane. Ce soir là, notre accueil n’en restera pas moins chaleureux par l’ensemble de l’équipage qui d’ores et déjà commencera notre intégration par un briefing sur le fonctionnement de la vie quotidienne à bord.
Dès le lendemain, nous partons en exploration pour le village de Ouanari, perdu aux confins de la frontière du Brésil: nous établissons nos premier contact avec la population locale composée principalement de Créoles et de Brésiliens affables. Les lieux sont charmants et bercés d’une certaine nonchalance. Isolé du reste du monde, on a l’impression qu’à Ouanari le temps a perdu de sa verve. L’on y découvre cependant tout un art de vivre local essentiellement hédoniste: la soixantaine d’âmes des lieux semble vivre de la production des abattis sur lesquels les hommes chassent et sont cultivés manioc, bananes, ananas, patates douces… Les habitants de Ouanari apprécient toute sorte de gibier, mais également un met qui m’est complètement étranger: la tortue de terre. Enfin, je dois avouer que la constitution d’un front de libération des tortues à Ouanari m’a traversé l’esprit en voyant ces pauvres animaux enfermés dans une cage de fortune et attendant une impossible remise en liberté.
De retour à bord de La Boudeuse, j’entame mon premier quart afin de surveiller d’une part le mouillage du bateau et d’autres parts l’approche d’éventuels pirates…2 heures à contrôler les alentours du navire et à discuter avec quelques membres de l’équipage que j’apprends peu à peu à connaître.
Nous apprenons l’appareillage de La Boudeuse le lendemain pour Kourou. Depuis le début de l’aventure, j’attendais de pouvoir assister à un « hisser les voiles » et voir le trois-mats avec ses voiles au vent. J’assiste aux manœuvres du matin puis me hâte d’aller en cuisine et préparer le repas du midi…Un seul hic mais de taille à cette histoire: je vis mon baptême du mal de mer à peine la préparation du repas terminée. Les odeurs de nourriture accompagnées d’un tangage-roulage du bateau auront eu raison de moi, malgré toute forme de résistance…Je finis par aller me coucher à 15h et me réveillerai pour assurer mon deuxième quart à minuit au moment du mouillage. Je suis déçue de ne pas avoir pu assister à l’ensemble de la journée mais finalement, Marc Bernadas, l’un des gabiers du bord, me permettra de finir la journée sur une note positive en me dispensant quelques cours de matelotage et en m’enseignant quelques nœuds marins.
J’aimerais vous en dire plus, mais il est minuit et demain nous partons en exploration…L’aventure continue sur La Boudeuse…
Encore une chose avant de conclure, je souhaite remercier BNP Paribas pour avoir créé cette aventure sur mesure, m’avoir permis de réaliser un rêve d’enfance et me permettre de rêver aujourd’hui encore: partir en exploration sur un trois-mats en Guyane mené par un Capitaine au charisme détonnant. C’est fabuleusement fantastique